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Référent TMS en entreprise : un relais de terrain pour faire évoluer le travail

Le référent TMS est un relais interne utile pour observer le travail réel, faire remonter les difficultés et suivre les améliorations. Son efficacité dépend d'un mandat clair, de temps dédié et d'une prévention qui agit aussi sur l'organisation.

Salariée observant la préparation d'un poste de travail avec un collègue dans un espace de stockage
Un référent TMS part du travail réel : gestes, matériel, rythme, contraintes et marges de manœuvre.

Un référent TMS aide l’entreprise à voir ce qui fatigue, gêne ou met le corps en difficulté dans le travail quotidien. Il observe les situations réelles, recueille les retours des salariés, fait remonter les problèmes et participe au suivi des améliorations. Il ne soigne pas, ne pose pas de diagnostic et ne remplace ni le médecin du travail ni un ergonome. Sa valeur tient à sa proximité avec le terrain et à sa capacité à faire circuler l’information jusqu’aux décisions.

Les troubles musculosquelettiques (TMS) concernent les muscles, tendons et nerfs, notamment au cou, aux épaules, aux coudes et aux poignets. Ils peuvent aussi être favorisés par le rythme, le manque d’autonomie ou une organisation qui laisse peu de marges de manœuvre. Pour comprendre ces risques, consultez notre guide de prévention des TMS.

Un relais interne, pas un spécialiste isolé

Le référent TMS est d’abord un point d’appui dans l’entreprise. Il connaît un atelier, un service, une tournée, une ligne de préparation ou des postes administratifs. Il peut mettre des mots sur les difficultés rencontrées et distinguer une consigne théorique de la manière dont le travail se fait réellement.

Son rôle n’est pas de demander aux salariés de « mieux se tenir ». Les facteurs de risque des TMS sont multiples. L’INRS cite les efforts physiques, les postures contraignantes et les gestes répétitifs, mais aussi des facteurs psychosociaux comme l’intensité du travail, le stress ou la faible autonomie, ainsi que des facteurs environnementaux tels que le froid, le bruit ou les vibrations.

Cette approche évite un écueil fréquent : ramener la prévention à une série de gestes individuels alors que le problème peut venir d’un matériel inadapté, d’un approvisionnement mal conçu, d’objectifs incompatibles avec le temps disponible ou d’une succession de tâches sans récupération.

Le référent peut notamment :

  • recueillir les alertes relatives à une gêne, une douleur ou une difficulté répétée ;
  • observer les gestes, les déplacements, les prises, les hauteurs de travail et les contraintes de rythme ;
  • repérer les changements qui modifient le travail : nouvel équipement, nouvelle organisation, pic d’activité, réaménagement ;
  • contribuer à documenter les risques dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) ;
  • suivre avec les équipes la mise en œuvre et les effets des solutions décidées ;
  • orienter vers les bons interlocuteurs sans se substituer à eux.

Le cadre légal prévoit que l’employeur désigne un ou plusieurs salariés compétents pour s’occuper des activités de protection et de prévention des risques professionnels. Lorsque les compétences disponibles sont insuffisantes, il peut faire appel à des intervenants en prévention des risques professionnels (IPRP), après avis du comité social et économique (CSE) lorsqu’il existe. Cette disposition n’impose pas un intitulé de « référent TMS », mais elle donne un cadre utile à la désignation de relais internes. Voir le texte relatif aux salariés compétents en prévention.

Partir d’une situation précise plutôt que d’une douleur abstraite

Une alerte utile décrit une situation de travail. Dire « j’ai mal à l’épaule » est important et mérite une écoute. Pour prévenir durablement, il faut aussi identifier à quel moment la difficulté survient : lors de la mise en rayon, du chargement, du nettoyage, de la saisie sur écran, du transfert d’une personne, de la préparation d’une commande ou de l’utilisation d’un outil.

Le référent n’a pas à interroger un collègue sur son état de santé. Il peut, en revanche, questionner le travail : quelle tâche est difficile ? Qu’est-ce qui oblige à tendre le bras ? Qu’est-ce qui fait perdre du temps ? Quel matériel manque au moment où il faudrait l’utiliser ? Qu’est-ce qui change lorsque l’activité accélère ?

Cette distinction protège la confidentialité et oriente l’analyse vers les causes sur lesquelles l’entreprise peut agir.

Une observation de poste peut être courte mais structurée. Elle gagne à comparer plusieurs moments : le début de journée, une période de forte activité, une tâche inhabituelle, une phase de nettoyage ou de rangement. Le travail réel comprend souvent des ajustements invisibles : contourner un obstacle, compenser un outil défectueux, aider un collègue, tenir une posture parce que le produit est hors de portée.

Référent TMS échangeant avec une préparatrice de commandes devant un chariot et des rayonnages
L'échange sur place permet de relier une difficulté signalée aux contraintes concrètes de la tâche.

Les TMS ne concernent pas seulement les métiers de manutention. L’INRS cite notamment l’agroalimentaire, la métallurgie, la construction, le transport, la logistique, le nettoyage et les services de soins, tout en rappelant que tous les secteurs peuvent être concernés. En matière de maladies professionnelles reconnues, les TMS représentent plus de 80 % selon l’INRS. Cette réalité justifie une prévention suivie, pas une action ponctuelle.

Des missions claires pour éviter le rôle de « pompier »

Un référent sans périmètre risque de devenir la personne à qui l’on transmet tous les problèmes, sans pouvoir agir ni obtenir de réponse. Une lettre de mission ou une note interne peut suffire à clarifier son rôle, son temps dédié, ses interlocuteurs et la façon dont les alertes sont traitées.

Le tableau ci-dessous distingue les missions utiles des responsabilités qui ne lui appartiennent pas.

Domaine Ce que le référent TMS peut faire Ce qu’il ne doit pas faire seul
Repérage Observer une tâche, recueillir des retours, identifier une contrainte répétée Établir un diagnostic médical
Prévention Proposer des pistes, tester un réglage ou une organisation avec l’équipe Décider seul d’un investissement ou modifier seul une procédure
DUERP Apporter des éléments de terrain sur les dangers et les situations d’exposition Porter seul la responsabilité du document
Sensibilisation Expliquer une consigne, accueillir un nouveau collègue, rappeler l’usage d’un équipement Se substituer au service de prévention et de santé au travail
Suivi Vérifier si une mesure est réellement utilisable et signaler les écarts Garantir à lui seul l’efficacité d’une action

Une mission réaliste comporte un circuit de décision. Le référent identifie une situation, la partage avec l’encadrement et les personnes concernées, puis une décision est prise : essai de matériel, modification d’implantation, adaptation d’une séquence de travail, ajustement d’approvisionnement ou analyse plus approfondie.

L’employeur reste responsable de la prévention. Parmi les principes généraux de prévention figurent l’évitement des risques, leur évaluation lorsqu’ils ne peuvent être évités, la lutte à la source et l’adaptation du travail à l’homme. La protection collective doit être privilégiée avant la protection individuelle. Ces principes sont détaillés dans l’article L4121-2 du Code du travail.

Relier le référent au DUERP et aux changements de l’entreprise

Le DUERP n’est pas un dossier administratif séparé des postes de travail. Il doit refléter les risques rencontrés dans l’activité. Le référent TMS peut fournir des éléments concrets : emplacement qui oblige à se pencher, charge difficile à saisir, cadence qui supprime les temps de récupération, écran mal positionné, équipement rarement disponible ou geste qui se répète toute la journée.

Dans les entreprises d’au moins onze salariés, le DUERP est mis à jour au moins chaque année. Il doit également l’être lors d’une décision d’aménagement important modifiant les conditions de santé, de sécurité ou de travail, ainsi que lorsqu’une information nouvelle sur un risque est recueillie. Dans les entreprises de moins de onze salariés, la mise à jour annuelle n’est pas imposée, mais les deux autres situations appellent une actualisation.

Le référent a donc un rôle particulièrement utile avant un changement, et non seulement après l’apparition de difficultés. Un nouveau conditionnement, une machine, une réorganisation des tournées ou un déménagement de bureau sont des occasions de regarder le travail en amont.

La démarche de prévention proposée par l’INRS repose sur quatre étapes : l’engagement dans la démarche, l’état des lieux, l’analyse approfondie des situations de travail et la transformation. Le référent peut contribuer à chacune, mais il ne peut les porter seul. Lisez notre article sur les conditions de réussite d’une démarche de prévention des TMS.

Sensibiliser sans culpabiliser les équipes

Le référent peut intervenir dans des moments ordinaires de la vie de l’entreprise : accueil d’un nouvel embauché, arrivée d’intérimaires, mise en service d’un équipement, retour après une absence, évolution d’une consigne ou rappel collectif après une difficulté observée.

Ces temps sont utiles lorsqu’ils portent sur le travail réel. Par exemple, il peut montrer où placer un chariot pour limiter les torsions, expliquer l’intérêt d’un réglage de siège, rappeler l’usage prévu d’une aide à la manutention ou signaler qu’une tâche ne peut pas être réalisée dans de bonnes conditions avec le matériel disponible.

Bon geste

Observer avec les salariés ce qui les oblige à forcer, à se dépêcher ou à adopter une posture contrainte, puis rechercher une solution sur le poste, le matériel ou l'organisation.

Geste à éviter

Réduire la prévention à l'injonction « faites attention à votre dos » sans examiner la charge, la fréquence, l'espace disponible et le rythme imposé.

La sensibilisation peut inclure des repères simples, mais elle ne doit pas faire croire que la bonne volonté suffit. Un salarié ne choisit pas toujours sa hauteur de prise, la place disponible, l’état d’un matériel ou le temps accordé à une tâche.

Dans le travail sur écran, le référent peut aider à faire connaître des réglages utiles. L’INRS recommande notamment de placer le haut de l’écran au niveau des yeux ou légèrement en dessous, à une distance généralement comprise entre 50 et 70 cm. Les coudes peuvent être proches du tronc, avec un angle entre 90 et 135 degrés, les avant-bras et les mains reposant sur le plan de travail. Retrouvez les principes détaillés dans notre dossier sur l’ergonomie du poste de travail.

Salarié assis à un bureau réglant la hauteur de son écran avec les avant-bras posés sur le plan de travail
Au bureau comme en atelier, un réglage n'est utile que s'il correspond à la tâche et peut être maintenu dans la durée.

S’appuyer sur les bons interlocuteurs

Le référent TMS travaille rarement seul. Sa fonction prend du sens lorsqu’elle s’articule avec l’encadrement, les salariés concernés, les représentants du personnel, les fonctions maintenance ou achats et le service de prévention et de santé au travail (SPST).

Selon les ressources du ministère du Travail, le médecin du travail assure une mission exclusivement préventive. Il peut conseiller l’employeur, les salariés et le CSE, notamment lorsqu’une situation de santé pose la question d’un aménagement ou du maintien dans l’emploi. L’infirmier en santé au travail intervient dans le cadre fixé par le médecin du travail. Un IPRP peut apporter une expertise technique sur l’ergonomie, l’organisation ou d’autres risques.

Le référent doit savoir passer le relais. C’est le cas lorsqu’une personne exprime une douleur persistante, une gêne qui s’aggrave, une difficulté à tenir son poste ou une inquiétude sur son état de santé. Il peut encourager la personne à contacter son médecin traitant et, si elle le souhaite, à solliciter une visite à la demande auprès du SPST. Une telle visite peut être demandée par le travailleur, l’employeur ou le médecin du travail.

Mesurer l’utilité du rôle par les changements obtenus

Le référent TMS n’est pas évalué au nombre de rappels faits aux collègues. Son apport se voit dans les améliorations réellement adoptées : équipement accessible, espace dégagé, séquence revue, hauteur adaptée, approvisionnement modifié, travail réparti différemment, signalement traité.

Quelques questions simples permettent de faire le point :

  • les salariés savent-ils à qui signaler une difficulté liée au poste ?
  • les alertes aboutissent-elles à une réponse compréhensible ?
  • les essais sont-ils réalisés avec les personnes qui font le travail ?
  • les mesures décidées sont-elles utilisables lors des périodes chargées ?
  • le DUERP et le plan d’action intègrent-ils les situations observées ?
  • le référent dispose-t-il d’un temps suffisant pour aller sur le terrain ?

Un audit ergonomique de poste de travail peut être pertinent lorsque plusieurs causes se combinent, lorsqu’un projet d’aménagement est important ou lorsqu’une situation résiste aux ajustements simples. Le référent reste alors un interlocuteur précieux : il apporte la connaissance des tâches, des contraintes et de l’histoire du poste.

Ce qu’il faut retenir pour mettre le référent TMS en action

Le référent TMS est un relais de prévention, pas un soignant ni un décideur isolé. Il observe le travail réel, écoute les retours, facilite le dialogue et aide à suivre les actions. Pour être utile, il doit avoir un mandat clair, du temps identifié, un accès aux personnes qui décident et une place dans la démarche de prévention de l’entreprise.

La prévention des TMS gagne en efficacité lorsqu’elle agit sur les causes : matériel, implantation, charge de travail, organisation, coopération et récupération. Le référent peut mettre ces sujets à l’agenda. L’employeur doit ensuite mobiliser les moyens nécessaires et organiser les transformations.

Pour structurer cette action au-delà d’un seul poste, consultez notre guide pour organiser la prévention des TMS.

Questions fréquentes

Le référent TMS est-il obligatoire dans toutes les entreprises ?

Aucune obligation générale de désigner un « référent TMS » n'est prévue sous cet intitulé. En revanche, l'employeur doit organiser la prévention et peut désigner un ou plusieurs salariés compétents pour les activités de protection et de prévention.

Un référent TMS peut-il décider seul de modifier un poste ?

Non. Il peut signaler une situation, documenter les difficultés et proposer des pistes d'amélioration. Les décisions relatives aux équipements, à l'organisation ou aux aménagements relèvent de l'employeur, avec les acteurs compétents concernés.

Le référent TMS remplace-t-il le médecin du travail ?

Non. Le référent n'assure pas le suivi médical et ne pose pas de diagnostic. Une douleur, une limitation fonctionnelle ou une difficulté de maintien au poste doit être abordée avec le médecin traitant et, selon la situation, le service de prévention et de santé au travail.

Qui peut devenir référent TMS ?

Un salarié qui connaît le travail réel, sait échanger avec les équipes et dispose d'un temps identifié peut être un bon relais. L'encadrement de proximité, un animateur sécurité ou un salarié expérimenté peuvent contribuer, à condition que leur rôle soit clairement défini.

Quel lien entre référent TMS et DUERP ?

Le référent peut alimenter l'évaluation des risques en faisant remonter des situations concrètes : gestes répétitifs, efforts, postures, manque de matériel ou contraintes de rythme. Le document unique d'évaluation des risques professionnels reste sous la responsabilité de l'employeur.

Que faire si les alertes du référent TMS restent sans suite ?

Il est utile de tracer les situations signalées, les mesures examinées et les réponses apportées. Les salariés peuvent aussi solliciter leur encadrement, les représentants du personnel lorsqu'ils existent, ou le service de prévention et de santé au travail.

Sources

  1. INRS — Prévention des troubles musculosquelettiques
  2. INRS — Ce qu'il faut retenir sur les troubles musculosquelettiques
  3. Code du travail numérique — Article L4644-1
  4. Code du travail numérique — Article L4121-2