Prévention des TMS : comprendre, repérer et agir au poste de travail
Les troubles musculosquelettiques sont la première cause de maladie professionnelle reconnue. Ce guide explique ce qu'ils recouvrent, comment les repérer tôt et ce que chacun peut faire, du poste de travail au DUERP.

Les troubles musculosquelettiques, ou TMS, sont des affections de l’appareil locomoteur : ils atteignent les muscles, les tendons et les nerfs, le plus souvent au cou, aux épaules, aux coudes et aux poignets. Ils ne surviennent pas d’un coup. Ils s’installent par accumulation de contraintes de travail (efforts, postures, gestes répétés, rythme) et par manque de récupération. La bonne nouvelle, c’est que ces contraintes se repèrent et se corrigent, à condition d’agir avant que la douleur ne s’installe. Ce guide s’adresse aux salariés comme aux employeurs : il explique ce que sont les TMS, d’où ils viennent, comment les reconnaître et par quoi commencer.
Ce que recouvrent les TMS
L’INRS, l’Institut national de recherche et de sécurité, décrit les TMS comme des affections touchant les muscles, les tendons et les nerfs. Derrière ce terme général se trouvent des diagnostics bien identifiés que le médecin pose, et que ce site ne cherche pas à établir : la tendinopathie de la coiffe des rotateurs à l’épaule, l’épicondylite au coude, le syndrome du canal carpien au poignet, la maladie de De Quervain au poignet, ou encore le syndrome de Raynaud des doigts.
| Zone du corps | Exemples d’affections | Situations de travail typiques |
|---|---|---|
| Épaule | Tendinopathie de la coiffe des rotateurs | Bras en l’air, port de charges au-dessus des épaules, gestes répétés en hauteur |
| Coude | Épicondylite | Serrage répété, visser, manipuler un outil à main |
| Poignet et main | Syndrome du canal carpien, maladie de De Quervain | Gestes fins répétés, saisie en force, travail sur clavier et souris |
| Doigts | Syndrome de Raynaud | Travaux exposant les mains au froid ou aux vibrations |
| Dos et cou | Douleurs du rachis, cervicalgies | Port de charges, postures fixes, travail penché ou sur écran |
Une particularité des TMS explique les enjeux de prévention : ils sont évitables. Le geste n’est pas dangereux par nature, c’est sa combinaison avec la fréquence, la force, la durée et le manque de pauses qui abîme. D’où l’intérêt de regarder le poste, pas seulement la personne.
Autre point important : l’INRS souligne qu’un TMS peut devenir irréversible. Un diagnostic et une prise en charge précoces changent le pronostic, ce qui rend le repérage des premiers signes décisif. Notre article sur les signes d’alerte des TMS détaille ces signaux de début.
Quelques chiffres pour mesurer l’enjeu
Les TMS pèsent lourd, pour les personnes comme pour les entreprises. Selon les statistiques de l’INRS, ils représentent plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues, et Santé publique France parle d’environ 90 %. Les deux formulations ne se contredisent pas : elles reposent sur des périmètres et des années différents, et il faut toujours citer la source.
Côté Assurance Maladie, 50 598 maladies professionnelles ont été reconnues avec arrêt ou incapacité permanente en 2024 dans le régime général, soit 6,7 % de plus qu’en 2023, et un niveau jamais dépassé en dix ans. Parmi elles, 43 130 sont des TMS (23 641 chez les femmes et 19 489 chez les hommes). Environ 81 % des maladies professionnelles reconnues en 2024 relèvent des affections périarticulaires, la famille des tendinites et apparentées.
Pour les entreprises, la facture est considérable. L’INRS évalue à plus de 11 millions le nombre de journées de travail perdues par les TMS en 2021, et à 1 milliard d’euros les frais supportés par les cotisations des entreprises la même année. Ces chiffres ne disent pas la douleur de ceux qui continuent à travailler en serrant les dents, ni la désorganisation d’une équipe qui perd un collègue expérimenté.
Les trois familles de facteurs de risque
Pour l’INRS, les TMS résultent de plusieurs groupes de facteurs qui s’additionnent. Le piège classique consiste à n’en regarder qu’un, souvent la posture, et à oublier les deux autres.
| Famille | Ce qu’elle regroupe | Exemple concret |
|---|---|---|
| Biomécaniques | Efforts physiques, postures contraignantes, gestes répétitifs | Un préparateur de commandes qui se baisse et se relève des centaines de fois |
| Psychosociaux | Intensité et complexité du travail, horaires, faible autonomie, stress | Une équipe qui subit des cadences sans pouvoir ajuster son organisation |
| Environnementaux | Vibrations, froid, bruit | Un conducteur d’engin exposé aux vibrations ou un opérateur en chambre froide |
Le lien entre stress et TMS surprend parfois. Il est pourtant documenté : un salarié sous pression crispe les épaules, travaille plus vite, prend moins de pauses et récupère moins bien. C’est pourquoi la prévention des TMS ne se limite jamais à un siège réglable ou à un diable. Elle regarde aussi l’organisation. Pour apprendre à les repérer sur le terrain, consultez notre guide sur le repérage des facteurs de risque de TMS.
Les premiers signes à ne pas ignorer
Les TMS commencent presque toujours par des signaux discrets : une gêne ou une raideur en fin de journée qui disparaît la nuit, des fourmillements dans les doigts, une fatigue musculaire inhabituelle, une douleur qui revient aux mêmes gestes. Puis la douleur s’installe plus tôt dans la journée, gêne le sommeil, et finit par limiter les gestes du quotidien.
Aucun site ne peut établir un diagnostic. Ce qui compte, c’est la conduite à tenir : ne pas banaliser, ne pas masquer la douleur, et consulter le médecin traitant ou le médecin du travail quand elle persiste ou revient. Le médecin du travail peut aussi être sollicité directement par le salarié, sans passer par l’employeur, pour une visite à sa demande.
Ce que dit la loi : une obligation de prévention pour l’employeur
Le Code du travail pose le principe dans l’article L4121-1 : l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cela comprend la prévention des risques, l’information et la formation, ainsi qu’une organisation et des moyens adaptés. Un risque de TMS n’échappe pas à cette règle.
L’article L4121-2 énumère neuf principes généraux de prévention. Pour les TMS, plusieurs sont décisifs : éviter les risques, évaluer ceux qui ne peuvent pas l’être, les combattre à la source, adapter le travail à l’homme (conception des postes, choix des équipements et des méthodes, limitation du travail monotone et cadencé), et donner la priorité aux protections collectives sur les protections individuelles. Autrement dit, une aide à la manutention vaut mieux qu’une ceinture lombaire distribuée à chacun.
L’outil central s’appelle le document unique d’évaluation des risques professionnels, le DUERP. Dans une entreprise d’au moins 11 salariés, il est mis à jour au moins chaque année, et aussi lors de tout aménagement important ou quand une information nouvelle sur un risque est recueillie. En dessous de 11 salariés, la mise à jour annuelle n’est pas exigée, mais les deux autres déclencheurs s’appliquent. Notre guide du DUERP détaille la méthode.
Quand un TMS devient une maladie professionnelle
Un TMS peut être reconnu comme maladie professionnelle lorsqu’il correspond à un tableau du régime général. Pour la plupart des affections des membres supérieurs, il s’agit du tableau 57. L’INRS indique que les TMS de ce tableau se stabilisent autour de 40 000 cas par an depuis 2012.
Chaque ligne du tableau fixe une affection, un délai de prise en charge (le délai maximal entre la fin de l’exposition aux travaux concernés et la première constatation médicale) et, pour certaines, une durée minimale d’exposition. Voici quelques exemples tirés du texte en vigueur.
| Affection (tableau 57) | Délai de prise en charge | Durée d’exposition exigée |
|---|---|---|
| Épaule : tendinopathie aiguë non rompue de la coiffe | 30 jours | Non précisée |
| Épaule : tendinopathie chronique non rompue de la coiffe | 6 mois | 6 mois |
| Épaule : rupture partielle ou transfixiante de la coiffe | 1 an | 1 an |
| Coude : épicondylite | 14 jours | Non précisée |
| Coude : syndrome canalaire du nerf ulnaire | 90 jours | 90 jours |
| Poignet, main, doigts : tendinite et ténosynovite | 7 jours | Non précisée |
| Poignet : syndrome du canal carpien | 30 jours | Non précisée |
Le tableau précise aussi la nature des travaux qui peuvent provoquer chaque affection. C’est pourquoi une déclaration doit décrire précisément le poste et les gestes. Nous détaillons la démarche dans notre article sur la maladie professionnelle et le tableau 57. Pour une maladie qui n’entre pas dans les conditions d’un tableau, la reconnaissance passe par un comité régional, au cas par cas, avec des exigences plus fortes.
Le mal de dos relève d’un autre registre : les hernies discales liées à la manutention de charges lourdes sont visées par d’autres tableaux. Voir notre article sur la lombalgie au travail.
La démarche de prévention en quatre étapes
L’INRS propose une démarche structurée en quatre étapes, accompagnée de trois actions transversales : mobiliser, communiquer et évaluer.
- S’engager dans la démarche : la direction affiche sa volonté d’agir et désigne qui pilote.
- Faire l’état des lieux : repérer les situations de travail à risque à partir des données disponibles (plaintes, arrêts, accidents) et des échanges avec les équipes.
- Analyser en profondeur : choisir quelques situations prioritaires et comprendre ce qui, dans l’activité réelle, génère les contraintes.
- Transformer : modifier l’équipement, l’organisation, les méthodes, puis vérifier que cela fonctionne.
L’Assurance Maladie propose de son côté une offre nommée TMS Pros, organisée en quatre questions : suis-je concerné, par quoi commencer, comment agir, quels résultats pour mon entreprise. Parmi les conditions de réussite relevées par l’INRS figurent l’engagement et la volonté de changement, des objectifs clairs et ambitieux, et des compétences adéquates avec la mobilisation des salariés. Les informations détaillées sur la démarche sont sur la page INRS consacrée à la prévention des TMS.
Concrètement, les solutions les plus durables suivent un ordre. D’abord supprimer ou réduire la contrainte à la source (mécaniser une manutention, rapprocher les charges, rehausser un plan de travail). Ensuite organiser (alterner les tâches, prévoir des pauses, lisser les pics d’activité). Enfin former et sensibiliser, car savoir se placer et se déplacer aide, mais ne compense jamais un poste mal conçu.
Former : un levier utile, pas une solution unique
Des formations existent, comme la formation à la prévention des risques liés à l’activité physique (PRAP) qui forme des acteurs capables d’observer leur situation de travail, de repérer les risques et de proposer des améliorations. Pour comprendre ce dispositif et ses limites, consultez notre page sur la formation PRAP. Une formation seule ne suffit jamais si le poste, l’organisation et les cadences restent inchangés.
Qui peut aider dans l’entreprise
La prévention des TMS est un travail d’équipe. Le salarié observe et signale. L’encadrement relaie et arbitre. L’employeur décide des moyens. Le CSE est consulté et peut interroger la direction sur les risques. Le médecin du travail et l’équipe pluridisciplinaire du SPST conseillent l’employeur, les salariés et le CSE. Un référent TMS peut animer la démarche au quotidien. Dans les petites structures, l’employeur désigne un ou plusieurs salariés compétents pour s’occuper des activités de prévention et, à défaut de compétences suffisantes, fait appel à des intervenants extérieurs, après avis du CSE s’il existe.
Par où commencer dès cette semaine
Quelques actions simples, réalisables sans budget important, permettent de passer de l’intention à la pratique. La checklist ci-dessous peut se cocher poste par poste.
Ce qu’il faut retenir
Les TMS sont fréquents, coûteux et évitables. Ils naissent de la rencontre entre des contraintes physiques, une organisation du travail et un manque de récupération, jamais d’un seul geste isolé. Les repérer tôt change l’issue : n’attendez pas l’arrêt de travail pour en parler au médecin traitant ou au service de prévention et de santé au travail. Pour l’employeur, l’évaluation du risque et son inscription dans le DUERP ne sont pas facultatives, et la démarche gagne à associer ceux qui font le travail. Les autres piliers du site approfondissent chaque volet :
- l’ergonomie du poste pour régler et aménager son poste ;
- les droits et démarches pour connaître ses recours ;
- les métiers à risque pour les situations propres à chaque secteur.
Pour le vocabulaire, le lexique donne les définitions utiles.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un TMS exactement ?
Un trouble musculosquelettique est une affection de l'appareil locomoteur qui touche les muscles, les tendons et les nerfs, surtout au niveau du cou, des épaules, des coudes et des poignets. Il se développe progressivement, sous l'effet de contraintes de travail répétées, et peut devenir irréversible s'il n'est pas pris en charge à temps.
Quels métiers sont concernés par les TMS ?
Tous les secteurs sont touchés. L'INRS cite en particulier l'agroalimentaire, la métallurgie, la construction, le transport, la logistique, le nettoyage et les services de soins. Le travail de bureau n'est pas épargné : postures fixes, souris et clavier sollicitent aussi épaules, cou et poignets.
Faut-il attendre d'avoir mal pour agir ?
Non. Les gênes passagères en fin de journée, les fourmillements ou la raideur au réveil sont des signaux à prendre au sérieux. Parlez-en au médecin traitant ou au service de prévention et de santé au travail, et signalez les situations de travail en cause à l'employeur ou au CSE.
Un TMS peut-il être reconnu comme maladie professionnelle ?
Oui, si l'affection figure dans un tableau de maladies professionnelles (le tableau 57 pour la plupart des TMS des membres supérieurs) et si les conditions de délai et de travaux sont remplies. Sinon, un comité régional peut examiner le dossier au cas par cas, mais les critères sont plus exigeants.
Qui doit évaluer les risques de TMS dans l'entreprise ?
C'est à l'employeur d'évaluer les risques et de consigner le résultat dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). Il peut s'appuyer sur le service de prévention et de santé au travail, sur un salarié compétent et sur les remontées des équipes.
Les TMS concernent-ils les petites entreprises ?
Oui. L'obligation d'évaluer les risques ne dépend pas de la taille de l'entreprise. Dans les entreprises de moins de 11 salariés, la mise à jour du DUERP n'a pas à être annuelle, mais elle reste nécessaire lors d'un aménagement important ou quand une information nouvelle sur un risque apparaît.
Sources
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