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Tendinite de l'épaule au travail : causes, prévention et prise en charge

Une douleur d'épaule n'est pas un simple inconfort à supporter. Les gestes bras levés, les efforts, la répétition et une organisation tendue peuvent favoriser une atteinte qui nécessite un repérage précoce et des adaptations concrètes.

Salariée en entrepôt plaçant un colis à hauteur de buste avec les coudes proches du corps
Limiter le travail bras éloignés du corps réduit les contraintes sur l'épaule.

Une douleur d’épaule qui apparaît au travail, revient à chaque geste ou oblige à compenser n’est pas à laisser s’installer. Les mouvements répétés, le port bras éloignés du corps, le travail au-dessus des épaules et certains efforts peuvent contribuer à une tendinopathie. La priorité est double : consulter pour évaluer la douleur et agir sur la situation de travail qui la nourrit.

L’épaule est très sollicitée dans de nombreux métiers : préparation de commandes, soins, nettoyage, cuisine, maintenance, bâtiment, industrie ou travail de bureau. Elle peut aussi être mise en difficulté par une tâche brève mais répétée toute la journée, par un rangement en hauteur ou par l’absence de matériel adapté.

Les troubles musculosquelettiques (TMS) regroupent des affections de l’appareil locomoteur qui touchent notamment les muscles, les tendons et les nerfs. L’INRS cite parmi leurs localisations fréquentes le cou, les épaules, les coudes et les poignets. Ces troubles représentent plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues, selon l’INRS. Pour comprendre les facteurs en jeu, consultez aussi notre dossier sur la prévention des TMS.

Douleur d’épaule : ce que le mot « tendinite » recouvre

Dans le langage courant, une douleur de l’épaule est souvent appelée « tendinite ». Ce terme ne remplace pas un avis médical. Une douleur peut avoir plusieurs origines et seul un professionnel de santé peut poser un diagnostic, décider des examens utiles et proposer une prise en charge adaptée.

Dans le cadre professionnel, l’enjeu n’est pas de chercher une cause unique. Une épaule douloureuse résulte souvent d’un cumul : gestes répétitifs, manutention, travail en hauteur, manque d’alternance, pression temporelle, matériel inadapté ou fatigue accumulée.

L’INRS classe parmi les TMS plusieurs affections de l’épaule, dont la tendinopathie de la coiffe des rotateurs. Les TMS peuvent devenir irréversibles : un repérage et une prise en charge précoces sont donc importants.

Certains signes doivent inciter à ne pas attendre :

  • douleur qui revient à la prise de poste ou lors d’une tâche précise ;
  • gêne pour lever le bras, attraper un objet ou enfiler un vêtement ;
  • douleur nocturne ou sommeil perturbé ;
  • perte de force ressentie, maladresse ou besoin de changer de bras ;
  • irradiation vers le coude, le cou ou l’omoplate ;
  • recours croissant à des compensations : hausser l’épaule, tordre le tronc, travailler plus vite pour finir.

Ces signaux ne suffisent pas à identifier une pathologie. En revanche, ils permettent de documenter ce qui se passe réellement : à quel moment, pour quel geste, avec quel matériel et dans quelles conditions.

Les gestes et organisations qui surchargent l’épaule

Le facteur visible est souvent le bras levé. Pourtant, l’épaule peut être sollicitée sans que la main dépasse la tête. Un bras tenu à distance du buste, une charge portée loin du corps ou une prise difficile augmentent déjà l’effort demandé.

Selon l’INRS, les facteurs de risque de TMS se regroupent en trois familles : biomécaniques, psychosociales et environnementales. Les facteurs biomécaniques incluent les efforts physiques, les postures contraignantes et les gestes répétitifs. Les horaires, le faible degré d’autonomie, l’intensité du travail ou le stress peuvent également aggraver l’exposition. Le froid, les vibrations et le bruit font aussi partie des facteurs environnementaux identifiés.

Situation de travail Ce qui augmente la contrainte sur l’épaule Pistes à examiner
Rangement ou prélèvement en hauteur Bras levés, charge éloignée, regard vers le haut Revoir la hauteur de stockage, rapprocher les produits fréquents, utiliser une aide adaptée
Port ou transfert d’objets Prise loin du corps, charge instable, torsion du tronc Rapprocher la charge, modifier le conditionnement, prévoir un moyen de manutention
Travail répétitif sur plan Même geste répété, rythme imposé, faible récupération Réorganiser la séquence, alterner les tâches, ajuster les hauteurs de travail
Nettoyage ou maintenance Bras étendu, geste circulaire, accès difficile Adapter les manches, les outils et l’accès à la zone
Travail sur écran Épaule relevée, souris trop éloignée, avant-bras non soutenu Rapprocher les périphériques, soutenir les avant-bras, ajuster le siège et le plan de travail

L’observation doit partir du travail réel. Une fiche de poste ne montre pas toujours le colis coincé, l’étagère trop haute, l’outil mal rangé, l’urgence de fin de journée ou la tâche supplémentaire demandée en cas d’absence d’un collègue.

La question utile n’est donc pas seulement : « Quel geste fait mal ? » Elle devient : « Pourquoi ce geste est-il nécessaire, aussi souvent, dans cette position et à ce rythme ? »

Agent de maintenance utilisant un escabeau adapté pour intervenir à hauteur de poitrine
Un accès à bonne hauteur peut éviter de maintenir les bras levés lors d'une intervention.

Le repérage gagne à associer les personnes qui réalisent la tâche. Elles connaissent les gestes qui demandent un effort imprévu, les moments de surcharge et les solutions qui fonctionnent sur le terrain. Notre guide sur les facteurs de risque des TMS aide à structurer cette observation.

Bon geste

Rapprocher l'objet du corps, préparer l'espace de travail et privilégier une hauteur de prise située entre les épaules et les mains basses, lorsque l'activité le permet.

Geste à éviter

Attraper ou tenir une charge bras tendu, en torsion ou au-dessus des épaules parce que le rangement, l'outil ou l'accès n'ont pas été pensés pour la tâche.

Prévenir : transformer la situation plutôt que corriger seulement le geste

Dire à un salarié de « faire attention à sa posture » ne suffit pas lorsque le poste impose chaque jour des prises difficiles. La prévention commence par la suppression ou la réduction des contraintes à la source : hauteur de rangement, accès, poids, outils, cadence, répartition des tâches et moyens disponibles.

Les principes généraux de prévention donnent la priorité à l’évitement du risque, à son évaluation, au traitement à la source et à l’adaptation du travail à la personne. Ils privilégient aussi la protection collective sur la protection individuelle. Concrètement, un rayonnage réorganisé ou une aide mécanique sera plus robuste qu’une consigne invitant chacun à mieux porter.

Quelques mesures peuvent être étudiées selon le métier :

  • placer les références les plus utilisées dans une zone facilement accessible ;
  • réduire les prises bras levés ou bras tendus par un réagencement du poste ;
  • prévoir des outils plus longs, plus légers ou mieux équilibrés lorsque cela est pertinent ;
  • stabiliser les charges et améliorer les prises ;
  • ajuster la hauteur des plans de travail aux tâches réalisées ;
  • organiser une alternance réelle entre gestes sollicitant différemment le corps ;
  • donner du temps pour préparer, ranger et utiliser les aides disponibles ;
  • traiter les aléas qui poussent à improviser des gestes risqués.

La prévention ne consiste pas à interdire tout mouvement de l’épaule. Elle vise à éviter qu’un même mouvement contraignant devienne la seule manière de produire, nettoyer, soigner ou réparer.

Que faire dès les premières douleurs ?

Face à une épaule douloureuse, la première démarche est médicale. Votre médecin traitant pourra apprécier votre situation, vous orienter si nécessaire et discuter de la suite. Le service de prévention et de santé au travail peut, de son côté, examiner le lien entre votre état de santé et les exigences du poste, puis conseiller des aménagements.

Il peut être utile de préparer l’échange avec des éléments précis :

  • les tâches concernées et leur fréquence ;
  • la position du bras et la hauteur des prises ;
  • les objets, outils ou équipements utilisés ;
  • les périodes où la douleur apparaît ou augmente ;
  • les stratégies de compensation déjà mises en place ;
  • les changements récents : nouvelle organisation, hausse d’activité, matériel différent, remplacement d’un collègue.

Une visite à la demande peut être sollicitée par le travailleur, l’employeur ou le médecin du travail. Elle permet d’aborder une difficulté avant qu’elle ne débouche sur une aggravation, un arrêt ou une impossibilité de tenir le poste.

Pour les salariés en arrêt de plus de 30 jours, une visite de pré-reprise peut être demandée par le salarié, le médecin traitant ou le médecin-conseil. Son objectif est d’anticiper le retour et les adaptations utiles. Elle ne remplace pas le suivi médical habituel.

La reconnaissance en maladie professionnelle : des conditions précises

Une douleur d’épaule liée au travail n’entraîne pas automatiquement une reconnaissance en maladie professionnelle. Certaines affections figurent au tableau 57 du régime général, qui concerne notamment les affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail.

Pour l’épaule, le tableau prévoit des conditions différentes selon l’affection retenue. La tendinopathie aiguë non rompue non calcifiante de la coiffe des rotateurs comporte un délai de prise en charge de 30 jours. Pour une tendinopathie chronique non rompue non calcifiante, le délai et la durée d’exposition indiqués sont de 6 mois. Une rupture partielle ou transfixiante de la coiffe relève d’autres conditions, avec un délai et une durée d’exposition d’un an.

Ces repères ne permettent pas de conclure seul à une reconnaissance. Ils montrent surtout que le dossier doit être précis : diagnostic médical, activités exercées et conditions prévues par le tableau. Les informations à jour sont consultables sur la page INRS consacrée au tableau 57.

La déclaration de maladie professionnelle suit une procédure distincte de celle d’un accident du travail. Le salarié transmet notamment sa déclaration et les éléments médicaux demandés à la caisse compétente. Le délai d’instruction est de 120 jours à compter de la réception du dossier complet. Pour comprendre les démarches sans les confondre, voyez notre article sur la maladie professionnelle et le tableau 57.

Salariée assise à un poste de conditionnement réglé à hauteur des avant-bras
Un plan de travail réglé pour la tâche limite le maintien des épaules relevées.

Organiser une réponse collective dans l’entreprise

Lorsqu’une douleur d’épaule survient, il faut protéger la personne concernée. Mais lorsque plusieurs salariés décrivent la même difficulté, l’entreprise doit aussi considérer le problème comme un signal sur l’organisation du travail.

L’employeur doit évaluer les risques et mettre en œuvre des mesures de prévention. Les TMS doivent être intégrés au document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), avec des actions adaptées à la taille de l’entreprise et aux situations observées.

L’INRS présente une démarche de prévention des TMS en quatre étapes : engagement dans la démarche, état des lieux, analyse approfondie des situations de travail et transformation. Trois actions l’accompagnent : mobiliser, communiquer et évaluer. Cette méthode évite de s’arrêter à une réponse ponctuelle, comme l’achat d’un équipement non testé ou une sensibilisation sans modification concrète.

Une démarche d’équipe peut suivre cette progression :

  1. recueillir les alertes, absences, douleurs et difficultés signalées ;
  2. sélectionner les situations les plus exposantes ;
  3. observer le travail avec les salariés concernés ;
  4. identifier les causes techniques, organisationnelles et humaines ;
  5. tester des transformations ;
  6. mesurer les effets sur la faisabilité du travail et sur les contraintes ressenties ;
  7. inscrire les actions utiles dans le DUERP et les suivre.

Les salariés compétents désignés pour les activités de prévention, le comité social et économique (CSE) lorsqu’il existe, ainsi que le service de prévention et de santé au travail peuvent contribuer à cette démarche. Le médecin du travail a une mission exclusivement préventive ; il ne remplace pas le médecin traitant, mais peut aider à articuler santé et conditions de travail.

Par où commencer pour protéger les épaules ?

Commencez par prendre au sérieux toute douleur répétée. Pour le salarié, cela signifie consulter, décrire les gestes concernés et solliciter le service de prévention et de santé au travail si le poste devient difficile à tenir. Pour l’employeur, cela signifie observer les tâches réelles, agir sur les causes et vérifier que les changements réduisent réellement l’exposition.

Les épaules souffrent rarement d’un seul geste isolé. Ce sont souvent les répétitions, les bras éloignés du corps, le manque d’espace, les objets mal placés et l’absence de récupération qui construisent le risque. Une prévention efficace rend le geste plus faisable sans demander aux personnes de compenser en silence.

Pour élargir l’analyse à l’ensemble du corps et de l’activité, découvrez aussi notre guide sur les gestes et postures lors du port de charges.

Questions fréquentes

Une tendinite de l'épaule peut-elle être liée au travail ?

Oui, certains gestes et certaines organisations peuvent contribuer à une atteinte de l'épaule : efforts, répétition, postures contraignantes ou travail bras levés. Le lien avec le travail doit être apprécié au cas par cas par les professionnels de santé compétents.

Faut-il continuer à travailler avec une douleur à l'épaule ?

Il ne faut pas banaliser une douleur qui persiste, revient ou gêne les gestes professionnels. Consultez votre médecin traitant et signalez les difficultés au service de prévention et de santé au travail afin d'examiner les adaptations possibles.

Quels gestes sollicitent particulièrement l'épaule ?

Le port à bout de bras, les gestes répétitifs, les efforts bras levés, les prises éloignées du corps et le travail dans des espaces mal conçus augmentent les contraintes. La fréquence, la durée et les possibilités de récupération comptent autant que le geste isolé.

Une tendinopathie de l'épaule peut-elle être reconnue comme maladie professionnelle ?

Certaines affections de l'épaule figurent au tableau 57 du régime général, sous des conditions précises. La reconnaissance dépend notamment de la pathologie constatée et des travaux réalisés ; elle ne résulte pas automatiquement d'une douleur déclarée.

Que peut faire l'employeur face à plusieurs douleurs d'épaule dans une équipe ?

Il doit rechercher les situations de travail qui exposent : hauteur des prises, poids, répétition, matériel, cadence, effectifs et marges de manœuvre. La réponse utile consiste à transformer le travail, puis à vérifier avec les salariés si les contraintes ont réellement diminué.

Le repos suffit-il à régler une douleur d'épaule ?

La conduite à tenir dépend de la situation médicale et doit être discutée avec un professionnel de santé. Au travail, l'enjeu est aussi d'éviter de remettre la personne dans les mêmes contraintes sans adaptation du poste ou de l'organisation.

Sources

  1. INRS — Troubles musculosquelettiques : ce qu'il faut retenir
  2. INRS — Tableau 57 des maladies professionnelles
  3. INRS — Prévention des troubles musculosquelettiques