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Se former à la prévention des TMS : gestes et postures, PRAP, référent, les options

Une action de prévention utile ne se limite pas à apprendre à porter une charge. Gestes et postures, PRAP ou référent TMS n'ont pas le même rôle : le bon choix part du travail réel et des risques à transformer.

Salariée de logistique ajustant la hauteur d'un chariot avant de déplacer des colis
Prévenir les TMS consiste d'abord à réduire les contraintes du travail, pas à demander au salarié de s'adapter seul.

Se former à la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS) ne consiste pas seulement à apprendre un « bon » geste. Pour être utile, une démarche doit permettre de repérer ce qui fatigue ou contraint le corps au travail, puis de modifier ce qui peut l’être : matériel, hauteur de travail, rangement, organisation, rythme ou coopération dans l’équipe. Les options les plus courantes (gestes et postures, PRAP et référent TMS) répondent à des besoins différents.

Les TMS sont des affections de l’appareil locomoteur qui peuvent toucher notamment les muscles, les tendons et les nerfs, au cou, aux épaules, aux coudes ou aux poignets. Ils ne concernent pas uniquement le port de charges : répétition des gestes, postures contraignantes, stress, faible autonomie, bruit, froid ou vibrations peuvent se combiner. Pour situer les termes, consultez le lexique des TMS.

Commencer par la situation de travail, pas par le catalogue

Avant de choisir une action, posez une question simple : quelle difficulté cherche-t-on à réduire ? Une douleur d’épaule lors du travail bras levés, des déplacements chargés dans des couloirs étroits, une succession de saisies au clavier ou des transferts de personnes ne se préviennent pas de la même manière.

Une sensibilisation généraliste peut ouvrir une discussion. Mais elle risque de manquer sa cible si elle n’est pas reliée à une tâche réelle. Dire à un salarié de « se baisser avec les jambes » ne règle pas un poste où l’objet est trop encombrant, où l’espace manque ou où la cadence empêche de préparer la prise.

Les principes généraux de prévention donnent une direction claire : éviter le risque, l’évaluer lorsqu’il ne peut être évité, le combattre à la source et adapter le travail à l’homme. La protection collective doit être privilégiée sur les mesures individuelles. Ces principes sont détaillés dans le Code du travail.

Dans les faits, une entreprise peut commencer par observer :

  • les gestes les plus fréquents et ceux qui demandent un effort important ;
  • les moments où le travail s’accélère ou se désorganise ;
  • les distances de déplacement, hauteurs de prise et zones d’accès difficiles ;
  • les équipements réellement disponibles et effectivement utilisés ;
  • les douleurs, gênes ou incidents signalés par les salariés ;
  • les changements récents : nouvel outil, nouveau produit, nouvelle organisation ou effectif réduit.

Cette observation nourrit l’évaluation des risques et peut être intégrée au document unique d’évaluation des risques professionnels, souvent désigné par le sigle DUERP.

Pour organiser ensuite les actions dans la durée, le pilier prévenir les TMS en pratique donne un cadre utile.

Gestes et postures : utile pour observer, insuffisant s’il n’y a pas de changement

L’expression « gestes et postures » recouvre des actions de sensibilisation très diverses. Elles portent généralement sur les contraintes physiques du travail : se rapprocher de la charge, dégager le trajet, utiliser un matériel d’aide, régler une hauteur de travail, éviter les torsions inutiles ou demander de l’aide lorsque la situation l’exige.

Leur intérêt est de mettre des mots sur ce que les salariés font déjà, souvent dans l’urgence. Elles peuvent aussi faire émerger une difficulté jusque-là banalisée : un chariot instable, une étagère trop basse, une zone de stockage mal placée ou un outil mal adapté.

Leur limite apparaît lorsque le message se résume à : « Faites attention à votre dos. » La prévention ne peut pas reposer uniquement sur la vigilance individuelle. Une personne peut connaître les principes de manutention et rester exposée si elle doit travailler dans un espace encombré, avec une charge difficile à saisir ou sans aide disponible.

Bon geste

Préparer le déplacement : rapprocher le chariot, vérifier le passage, rapprocher la charge du corps et utiliser une aide lorsque l'organisation le permet.

Geste à éviter

Se pencher, tourner le tronc et saisir à distance dans la même manœuvre, surtout lorsque la charge est instable ou que le trajet est encombré.

Pour l’employeur, une action sur les gestes et postures devient plus solide lorsqu’elle débouche sur des décisions visibles au poste : modification du rangement, remplacement d’un outil, amélioration d’un cheminement, ajustement d’une hauteur ou répartition différente d’une tâche.

Pour le salarié, elle doit aussi créer une possibilité de signaler ce qui empêche réellement de travailler de façon moins contraignante. Une consigne sans matériel adapté ni temps pour l’appliquer peut vite devenir inapplicable. Le retour d’expérience doit donc servir à corriger les conditions de travail, et non à évaluer la seule façon dont une personne exécute son geste.

PRAP : observer l’activité et contribuer aux améliorations

PRAP signifie « Prévenir les risques liés à l’activité physique ». Cette démarche vise à aider les salariés à observer et décrire leur situation de travail, à repérer les risques et à contribuer à des pistes d’amélioration. Elle ne se confond pas avec une démonstration de gestes standardisés.

L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) distingue notamment les parcours adaptés aux secteurs de l’industrie, du BTP, du commerce et des activités de bureau, ainsi qu’au sanitaire et au médico-social. L’objectif annoncé est de prévenir les risques liés à l’activité physique dans la situation de travail, au sein de l’entreprise concernée. Les repères officiels sont disponibles sur la page de l’INRS consacrée à la PRAP.

La valeur de cette approche dépend de ce qui se passe après. Si les constats remontés ne trouvent aucun débouché, l’action peut créer de la frustration. Si, au contraire, l’équipe peut tester des solutions, documenter les difficultés et suivre les changements, elle renforce la prévention au quotidien.

Besoin repéré Option principale Résultat attendu
Un geste contraignant, un port ou un déplacement à revoir Sensibilisation gestes et postures reliée au poste Repérer les contraintes et mettre en œuvre des adaptations concrètes
Des situations variées à observer et des améliorations à faire remonter Démarche PRAP Décrire l’activité, repérer les risques et participer à la prévention
Plusieurs actions à coordonner dans la durée Référent TMS ou salarié compétent désigné Organiser le suivi, relayer les alertes et mobiliser les acteurs utiles
Un poste complexe ou des contraintes persistantes Analyse approfondie de la situation de travail Identifier des transformations sur le matériel, l’organisation et les conditions de travail
Deux salariés observent le rangement d'une zone de préparation avec un chariot à hauteur réglable
L'observation d'une tâche réelle permet de repérer les contraintes de prise, de déplacement et de rangement.

La PRAP n’attribue pas un rôle médical. Un salarié formé dans cette démarche ne remplace ni le médecin du travail, ni l’ergonome, ni les autres professionnels qui interviennent dans le champ de la santé au travail. Il peut toutefois devenir un point d’appui pour faire remonter des situations concrètes et suivre les solutions décidées.

Pour aller plus loin sur les conditions de mise en œuvre, retrouvez les repères d’une démarche de prévention des TMS. Le point clé reste de prévoir, dès le départ, qui examine les propositions, qui arbitre les moyens nécessaires et comment l’équipe est informée de la suite donnée.

Référent TMS : un rôle de coordination, pas une personne laissée seule

Le terme « référent TMS » désigne souvent, dans les entreprises, une personne identifiée pour faciliter la prévention : recueillir les alertes, suivre des actions, aider à préparer des observations de poste et faire le lien entre salariés, encadrement et acteurs de prévention.

Ce rôle est utile s’il est précisément défini. Un référent ne peut pas porter seul les problèmes d’organisation, ni garantir que les actions seront réalisées. Il lui faut un temps identifié, des interlocuteurs, une possibilité de faire remonter les blocages et un appui de la direction.

Le Code du travail prévoit que l’employeur désigne un ou plusieurs salariés compétents pour s’occuper des activités de protection et de prévention des risques professionnels. Lorsque les compétences nécessaires ne sont pas disponibles, il peut faire appel à des intervenants en prévention des risques professionnels, après avis du comité social et économique (CSE) lorsqu’il existe. Le texte de référence est accessible sur Code du travail numérique.

Un référent TMS peut, par exemple :

  • recueillir les retours d’équipe sur une tâche ou un équipement ;
  • aider à préparer une observation de travail avec les personnes concernées ;
  • centraliser les actions décidées et les points restant à traiter ;
  • vérifier, avec les salariés, si une solution est praticable au quotidien ;
  • orienter vers le service de prévention et de santé au travail (SPST) lorsque la situation le nécessite ;
  • signaler qu’une mesure décidée n’est pas appliquée ou crée une nouvelle difficulté.

Il ne doit pas :

  • évaluer l’état de santé d’un collègue ;
  • poser un diagnostic ou conseiller un traitement ;
  • décider seul d’une aptitude ou d’un aménagement médical ;
  • se substituer à l’employeur dans ses obligations de prévention ;
  • promettre une réponse immédiate à chaque demande sans qu’une décision ait été prise.

Le rôle et les missions d’un référent TMS méritent d’être formalisés dans l’entreprise : périmètre, contacts, circuit de remontée et modalités de suivi. Cela évite qu’un salarié volontaire devienne le réceptacle de tous les problèmes sans pouvoir agir.

Former ne dispense pas de transformer le travail

Les TMS résultent fréquemment d’une combinaison de facteurs biomécaniques, psychosociaux et environnementaux. L’INRS cite notamment les efforts physiques, les postures contraignantes et les gestes répétitifs, mais aussi l’intensité et la complexité du travail, les horaires, le faible niveau d’autonomie, le stress, les vibrations, le froid ou le bruit.

C’est pourquoi une bonne prévention ne se mesure pas au nombre de personnes sensibilisées. Elle se mesure aux contraintes effectivement réduites. Dans une activité de manutention, cela peut passer par des aides mécaniques, des charges mieux conditionnées, une préparation différente ou un rangement revu. Dans un travail administratif, la réponse peut inclure l’aménagement du poste, l’alternance des tâches et l’organisation de pauses actives.

L’INRS propose une démarche en quatre étapes : engagement, état des lieux, analyse approfondie des situations de travail et transformation. Trois actions accompagnent l’ensemble : mobiliser, communiquer et évaluer. Cette progression rappelle que la transmission de connaissances n’est qu’un élément parmi d’autres.

Une amélioration matérielle mérite aussi d’être confrontée au travail réel. Un chariot peut être adapté sur le papier mais impossible à manœuvrer dans un couloir. Un équipement peut rester inutilisé s’il est éloigné, partagé sans règle claire ou incompatible avec le rythme demandé. Ces écarts doivent être discutés avec les personnes qui utilisent le poste, sans chercher à réduire leurs retours à une résistance au changement.

Bon geste

Tester une solution avec les personnes qui réalisent la tâche, puis vérifier qu'elle reste utilisable lorsque l'activité s'intensifie.

Geste à éviter

Installer un équipement sans consulter les utilisateurs, puis considérer le risque comme traité parce que le matériel est présent.

Dans les métiers de bureau, par exemple, le réglage du siège et de l’écran compte, mais ne suffit pas à lui seul. L’INRS recommande notamment de garder les bras et coudes proches du tronc, avec un angle de coude entre 90 et 135°, et d’interrompre idéalement les périodes sédentaires toutes les trente minutes. Retrouvez des pistes pratiques dans notre guide sur l’ergonomie du poste de travail.

Salarié assis devant un écran réglé à hauteur des yeux avec les avant-bras posés sur le bureau
Au poste informatique, les réglages s'accompagnent d'une organisation qui permet de varier les activités et de rompre la sédentarité.

Mettre en place une action qui tient dans le temps

Une action ponctuelle peut être un point de départ, à condition qu’elle s’inscrive dans un suivi. L’enjeu est de passer des constats aux transformations, puis de vérifier ce qui change réellement.

Le suivi ne suppose pas de multiplier les documents. Il impose surtout de ne pas perdre la trace d’un problème signalé, d’une décision prise et d’un test réalisé. À défaut, les mêmes contraintes reviennent à chaque changement d’équipe, de matériel ou d’organisation.

Voici une trame simple pour organiser ce suivi :

Le suivi peut être inscrit dans les actions de prévention de l’entreprise et articulé avec le DUERP. Lorsque des douleurs, des restrictions ou un risque de désinsertion professionnelle sont en jeu, le SPST peut être sollicité. Le salarié peut aussi demander une visite à la demande.

Choisir l’option adaptée à votre situation

Gestes et postures, PRAP et référent TMS ne s’opposent pas. Ils peuvent se compléter, à condition de ne pas confondre leurs finalités. Une sensibilisation peut faire émerger un problème. Une démarche PRAP peut structurer son analyse avec les salariés. Un référent peut organiser le suivi. Mais la prévention reste l’affaire de l’employeur, de l’encadrement et du collectif de travail.

Si vous êtes salarié, partez de ce que vous vivez au poste : geste répété, charge difficile à saisir, hauteur inadaptée, outil mal conçu, manque de temps ou absence de coopération. Plus le signalement est précis, plus il peut conduire à une action utile. En cas de douleur ou d’inquiétude sur votre santé, le médecin traitant et le SPST sont les interlocuteurs à solliciter selon votre situation.

Si vous êtes employeur ou manager, ne cherchez pas seulement l’option la plus visible. Cherchez celle qui permettra de transformer les conditions de travail. Dans les secteurs les plus exposés comme la logistique, le nettoyage, les soins, la construction, l’agroalimentaire ou la métallurgie, les contraintes s’installent souvent dans les détails de l’organisation.

Pour construire une démarche cohérente, appuyez-vous sur les retours de terrain, l’évaluation des risques et les acteurs compétents. Une analyse ciblée peut être nécessaire lorsque les difficultés persistent, notamment dans le cadre d’un audit ergonomique de poste de travail.

Ce qu’il faut retenir

Se former à la prévention des TMS est pertinent lorsqu’une action débouche sur des changements concrets. Les gestes et postures peuvent aider à rendre les contraintes visibles. La PRAP favorise l’observation de l’activité et la participation des salariés. Un référent TMS peut faciliter la coordination et le suivi.

Aucune de ces options ne remplace une transformation des situations de travail. La priorité reste de réduire les efforts inutiles, les postures contraignantes, les gestes répétitifs et les facteurs d’organisation qui empêchent de travailler dans de bonnes conditions.

Questions fréquentes

Une sensibilisation aux gestes et postures suffit-elle pour prévenir les TMS ?

Non. Elle peut aider à observer une situation et à discuter de certains gestes, mais elle ne remplace pas la suppression ou la réduction des contraintes à la source. L'organisation, le matériel, les cadences et les marges de manœuvre doivent aussi être examinés.

Quelle différence entre gestes et postures et PRAP ?

Les gestes et postures visent souvent l'observation de gestes de travail et des principes de manutention. La PRAP, pour « Prévenir les risques liés à l'activité physique », vise à repérer les risques dans une situation réelle et à participer à la recherche d'améliorations.

Un référent TMS remplace-t-il le médecin du travail ?

Non. Un référent TMS peut faciliter le repérage des situations à risque et le suivi d'actions de prévention. Il ne réalise ni diagnostic médical ni suivi de santé, qui relèvent notamment du médecin du travail et du service de prévention et de santé au travail.

Faut-il former tous les salariés au même contenu ?

Pas nécessairement. Les contraintes d'un préparateur de commandes, d'une aide à domicile ou d'une personne travaillant sur écran ne sont pas identiques. Le contenu doit partir des tâches, des équipements et des difficultés rencontrées dans chaque situation de travail.

Comment savoir si une action de prévention a été utile ?

L'entreprise peut vérifier si les situations concernées ont réellement changé : matériel utilisé, distances de port réduites, travail réorganisé, difficultés remontées et solutions maintenues. Les retours des salariés sont indispensables pour apprécier ce qui fonctionne au poste.

Vers qui se tourner en cas de douleur liée au travail ?

Parlez-en à votre médecin traitant et, selon votre situation, sollicitez le service de prévention et de santé au travail. Informer l'employeur d'une difficulté de travail permet aussi d'envisager des adaptations avant que la situation ne se dégrade.

Sources

  1. INRS — Prévenir les risques liés à l'activité physique : PRAP et TMS
  2. INRS — Prévention des troubles musculosquelettiques
  3. Code du travail — Principes généraux de prévention
  4. Code du travail — Salariés compétents en santé et sécurité