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Préparateurs de commandes : réduire les TMS en entrepôt

Porter, tirer, pousser, scanner, se pencher ou atteindre une palette : la préparation de commandes expose à des gestes variés et répétés. Prévenir les TMS suppose d'agir sur le poste, les flux et l'organisation, pas seulement sur la posture du salarié.

Préparateur de commandes en entrepôt plaçant un carton à hauteur de taille sur un chariot
Le rangement des produits et l'organisation des prélèvements influencent directement les efforts demandés au préparateur.

Pour un préparateur de commandes, les troubles musculosquelettiques, ou TMS, ne viennent pas d’un seul carton trop lourd. Ils apparaissent souvent lorsque s’accumulent les prises au sol, les bras tendus vers un rack, les torsions pour déposer un colis, les déplacements avec un chariot et une cadence difficile à absorber. La réponse utile consiste à revoir le rangement, les moyens de manutention et l’organisation des séquences de préparation.

Les TMS sont des affections qui peuvent toucher les muscles, les tendons et les nerfs, notamment au cou, aux épaules, aux coudes et aux poignets. Ils comprennent par exemple des tendinopathies de l’épaule, des épicondylites ou le syndrome du canal carpien. Pour comprendre les mécanismes en jeu, consultez notre dossier sur la prévention des TMS.

Le guide consacré aux métiers à risque de TMS situe la logistique parmi les autres secteurs.

Dans la logistique, le risque ne se limite pas au port de charges. Tirer un transpalette, pousser un chariot, maintenir un terminal de lecture, emballer, filmer une palette, monter et descendre d’un engin ou travailler dans le froid peuvent aussi contribuer aux contraintes. L’INRS cite le transport et la logistique parmi les secteurs concernés par les TMS, tout en rappelant que tous les secteurs peuvent être touchés.

Repérer les gestes qui fatiguent le corps dans un entrepôt

Une journée de préparation réunit plusieurs opérations : réception d’une consigne, déplacement jusqu’à l’emplacement, prélèvement, contrôle, dépôt dans un contenant, constitution de la commande et expédition. Chacune peut sembler anodine. Leur répétition, leur enchaînement et les conditions de réalisation font la différence.

Les facteurs de risque se combinent généralement. L’INRS distingue des facteurs biomécaniques, psychosociaux et environnementaux. En entrepôt, cela peut prendre des formes très concrètes :

  • un article placé au niveau du sol ou au-dessus des épaules ;
  • une charge prise loin du corps, faute de pouvoir approcher le chariot ;
  • des rotations répétées du tronc entre le rack et le support de préparation ;
  • un carton difficile à saisir ou dont le contenu bouge ;
  • un transpalette à déplacer sur un sol irrégulier ou encombré ;
  • une préparation menée dans le froid, le bruit ou sous une forte pression temporelle ;
  • une consigne qui change fréquemment ou une autonomie réduite dans l’ordre des prélèvements.

Le même colis ne représente donc pas le même effort selon sa hauteur de stockage, sa prise, la distance à parcourir, la fréquence de manipulation et l’espace disponible autour du préparateur. Un risque peut également se déplacer : supprimer une flexion du dos sans modifier l’accès à la palette peut conduire à multiplier les bras tendus.

Le travail réel mérite aussi d’être observé lorsque tout semble fonctionner. Une palette mal positionnée, une zone temporairement encombrée ou une référence déplacée après une évolution de gamme peuvent modifier les gestes sans apparaître dans les procédures. Les préparateurs sont les premiers à repérer ces écarts entre l’organisation prévue et l’activité réalisée.

Organiser les prélèvements avant de parler de gestes

La première prévention est organisationnelle. Elle consiste à réduire les contraintes à la source plutôt qu’à demander au salarié de compenser une situation mal conçue. L’ordre des tournées, l’emplacement des produits et le choix du contenant peuvent diminuer les manipulations inutiles.

Une observation sur le terrain est indispensable. Il ne suffit pas de regarder un plan de stockage ou les données d’un logiciel : il faut voir les préparateurs circuler, saisir les produits, composer les palettes et gérer les aléas. Une référence à forte rotation placée trop bas, un emballage difficile à attraper ou un bac trop profond sont parfois plus révélateurs qu’un indicateur général.

Les situations à examiner ne sont pas seulement celles où les colis sont lourds. Un article peu lourd, prélevé plusieurs fois, au fond d’un rayonnage ou dans une position instable, peut créer une contrainte répétée. À l’inverse, un article plus volumineux peut être moins contraignant si son accès, sa prise et son transfert ont été organisés.

Le tableau suivant aide à relier une difficulté observée à une action de prévention réaliste.

Situation observée Effet possible sur le travail Pistes de prévention
Produits fréquemment prélevés au sol Flexions et prises répétées en position basse Revoir l’implantation et placer les références les plus sollicitées dans une zone accessible
Produits stockés loin derrière une palette Bras tendus, torsions et perte d’équilibre Réduire la profondeur d’accès, adapter le conditionnement ou modifier le stockage
Chariot impossible à rapprocher Port prolongé et dépôt loin du corps Repenser l’encombrement de l’allée et le type de support de préparation
Palettes constituées sans ordre de dépôt Reprises de colis, instabilité, gestes précipités Définir une logique de palettisation et prévoir un support de travail adapté
Pic de commandes mal anticipé Accélération, récupération insuffisante, erreurs Ajuster les moyens, les priorités et la répartition de la charge de travail

L’employeur doit appliquer les principes généraux de prévention, parmi lesquels éviter les risques, combattre les risques à la source, adapter le travail à l’homme et privilégier la protection collective sur la protection individuelle. Cela conduit, en logistique, à interroger les flux avant de limiter la discussion à la technique de port.

Préparatrice de commandes utilisant un chariot rapproché d'un rayonnage pour saisir un colis à hauteur de taille
Rapprocher le support de préparation limite la distance entre la zone de prise et la zone de dépôt.

Réduire les efforts avec les équipements et le rangement

Les aides de manutention ne sont efficaces que si elles sont accessibles, disponibles et compatibles avec le rythme réel du travail. Un équipement rangé loin de la zone de préparation, mal entretenu ou trop encombrant pour l’allée risque de rester inutilisé. Le retour des préparateurs est essentiel pour choisir et régler les solutions.

Selon la situation, l’entreprise peut examiner plusieurs leviers :

  • chariots adaptés aux bacs et aux cartons préparés ;
  • dispositifs permettant de limiter les prises au sol ou les dépôts en hauteur ;
  • contenants plus faciles à saisir ;
  • supports stabilisant les palettes au cours de leur constitution ;
  • aides mécaniques lorsque la manutention manuelle peut être évitée ;
  • entretien des roues, poignées, sols et zones de circulation ;
  • stockage différencié des articles les plus souvent prélevés ;
  • zones de dépose qui évitent de faire pivoter le corps avec une charge en main.

Le Code du travail encadre les manutentions manuelles présentant un risque, notamment dorso-lombaire. Il prévoit que l’employeur cherche à éviter la manutention manuelle lorsque cela est possible, notamment au moyen d’aides mécaniques. Lorsque la manutention demeure nécessaire, l’évaluation de la tâche et son organisation restent centrales.

Les limites réglementaires de port ne doivent pas être interprétées comme un seuil de sécurité. L’article R4541-9 prévoit qu’un travailleur ne peut porter habituellement des charges supérieures à 55 kg qu’après reconnaissance d’aptitude par le médecin du travail, sans dépasser 105 kg. Pour les femmes, il fixe une limite de 25 kg, ou 40 kg avec une brouette comprise. Ces règles ne rendent pas sans risque une charge plus légère : la répétition, l’éloignement du corps et la posture comptent tout autant. Le texte complet est consultable sur le Code du travail numérique.

Bon geste

Approchez le chariot ou le support de la zone de prise, gardez la charge aussi près que possible du corps et tournez-vous avec les pieds lorsque l'espace le permet.

Geste à éviter

Saisir un colis bras tendus au fond d'un rack, pivoter le buste puis le déposer loin derrière soi : cette séquence cumule éloignement, torsion et répétition.

Faire varier le travail et préserver des marges de récupération

L’alternance ne consiste pas à remplacer une contrainte par une autre. Passer du prélèvement bas au filmage d’une palette, par exemple, peut simplement déplacer l’effort vers les épaules ou les poignets. Il faut analyser les tâches pour construire une rotation qui réduit réellement l’exposition.

Une organisation plus protectrice peut s’appuyer sur :

  • la variation des zones et des gestes au cours de la journée ;
  • la répartition des opérations les plus exigeantes entre plusieurs personnes ;
  • des temps permettant de récupérer après une séquence très sollicitante ;
  • une anticipation des pics et des absences ;
  • des consignes de qualité qui évitent les reprises et les doubles manipulations ;
  • une remontée simple des incidents matériels et des difficultés de préparation.

Les contraintes psychosociales participent aussi au risque de TMS. Une cadence imposée, des objectifs peu compréhensibles, des changements de priorités ou une faible possibilité de signaler un problème peuvent conduire à accélérer, à renoncer à une aide ou à travailler malgré une douleur. La prévention doit donc associer les équipes aux choix qui transforment leur activité.

Le dialogue de terrain est particulièrement utile lors d’un changement de logiciel, d’emballage, de client ou de gamme de produits. Ces évolutions peuvent modifier la densité de prélèvements, le format des colis ou les parcours. Elles doivent être regardées sous l’angle de la santé au travail avant que les contraintes ne deviennent habituelles.

La démarche proposée par l’INRS repose sur quatre étapes : l’engagement dans la démarche, l’état des lieux, l’analyse approfondie des situations de travail et la transformation. Elle s’accompagne d’actions transversales pour mobiliser, communiquer et évaluer. Cette méthode peut nourrir une démarche de prévention des TMS adaptée à l’entrepôt.

Agir dès les premiers signaux d’alerte

Une douleur qui revient à l’épaule, au coude, au poignet ou dans le dos ne doit pas être considérée comme une simple conséquence inévitable du métier. Les TMS nécessitent un diagnostic et une prise en charge précoces, car ils peuvent devenir irréversibles, rappelle l’INRS.

Le salarié ne doit pas se diagnostiquer seul. En cas de douleur, de fourmillements, de perte de force ou de gêne répétée dans un geste professionnel, il peut en parler à son responsable, au service de prévention et de santé au travail (SPST) et à son médecin traitant. L’objectif est à la fois de protéger la santé et de comprendre ce qui, dans le travail, peut être modifié.

Un signalement utile décrit la situation : produit concerné, emplacement, hauteur de prise, type de contenant, matériel utilisé, moment de la journée, changement récent ou difficulté de circulation. Il devient alors plus facile de vérifier l’organisation et de tester une correction avec les personnes concernées.

L’employeur gagne à traiter les remontées comme des informations de prévention plutôt que comme un problème individuel. Une douleur signalée peut révéler un défaut d’implantation, une évolution de gamme, une charge de travail inhabituelle ou un matériel dégradé. Le référent TMS et ses missions peut contribuer à organiser ce repérage, en complément du médecin du travail et du service de prévention et de santé au travail.

Préparateur de commandes ajustant la position de cartons sur une palette avec les produits lourds placés en bas
Une palette préparée selon un ordre de dépôt cohérent limite les reprises de colis et améliore sa stabilité.

Inscrire les risques de l’entrepôt dans le DUERP

Le document unique d’évaluation des risques professionnels, ou DUERP, doit refléter le travail réel. Pour la préparation de commandes, une ligne générale intitulée « manutention » est rarement suffisante. Les risques doivent être examinés par situation : réception, prélèvement, préparation au sol, filmage, chargement, travail au froid, nettoyage ou conduite d’équipements.

L’évaluation peut s’appuyer sur des observations, les retours des salariés, les incidents, les douleurs signalées et les évolutions de l’activité. Une modification du stockage, de l’emballage, des flux ou des objectifs de production doit conduire à vérifier les conséquences sur les conditions de travail. Retrouvez les points essentiels dans notre guide du DUERP.

Pour les entreprises d’au moins 11 salariés, le DUERP doit être mis à jour au moins chaque année, mais aussi lors de tout aménagement important modifiant les conditions de santé, de sécurité ou de travail, ou lorsqu’une information nouvelle sur un risque est recueillie. Dans les entreprises de moins de 11 salariés, l’obligation de mise à jour annuelle ne s’applique pas, mais les deux autres situations imposent une actualisation.

La mise à jour ne doit pas rester administrative. Elle doit déboucher sur des mesures identifiables : déplacer une référence, modifier un support, entretenir un équipement, revoir une séquence de préparation ou ajuster une organisation pendant un pic. Le suivi permet ensuite de vérifier avec les préparateurs si la contrainte a réellement diminué.

Ce qu’il faut retenir pour l’entrepôt

Les TMS ne sont pas une fatalité du travail en logistique. Ils se préviennent en diminuant les efforts inutiles, les prises loin du corps, les gestes répétitifs et les postures difficiles. L’implantation des produits, la qualité des équipements, l’espace de circulation et le rythme de préparation sont des leviers concrets.

Pour le salarié, l’enjeu est de signaler rapidement une difficulté et de décrire précisément la situation qui la provoque. Pour l’employeur, l’enjeu est de transformer le travail réel avec les équipes, puis de vérifier que les changements réduisent effectivement la contrainte. Les repères généraux de l’INRS sur les TMS et leur prévention offrent un cadre utile pour engager cette démarche.

Questions fréquentes

Quels TMS peuvent toucher un préparateur de commandes ?

Les troubles musculosquelettiques peuvent concerner notamment le cou, les épaules, les coudes, les poignets et le dos. Leur apparition dépend des efforts, des postures, de la répétition des gestes, mais aussi de l'organisation du travail et de l'environnement.

Une charge légère peut-elle présenter un risque ?

Oui. Une charge peu lourde peut devenir contraignante lorsqu'elle est saisie loin du corps, déplacée souvent, manipulée dans une posture inconfortable ou sur une cadence élevée. Le risque s'apprécie dans la situation réelle de travail, pas seulement au poids indiqué sur le carton.

Que faire si une douleur apparaît pendant la préparation de commandes ?

Ne laissez pas la douleur s'installer. Signalez-la à votre responsable et sollicitez, si nécessaire, le service de prévention et de santé au travail ou votre médecin traitant. Le signalement peut aussi permettre d'identifier une difficulté de poste à corriger.

L'employeur doit-il éviter la manutention manuelle ?

Lorsque cela est possible, l'employeur doit éviter la manutention manuelle présentant un risque, notamment par des aides mécaniques. Quand elle demeure nécessaire, le travail doit être évalué et organisé afin de réduire les contraintes.

Les gestes et postures suffisent-ils à prévenir les TMS ?

Non. Les bons gestes ont leur utilité, mais ils ne compensent pas un rangement mal conçu, des charges éloignées, des cadences incompatibles ou des moyens de manutention insuffisants. La prévention doit d'abord transformer les situations de travail.

Quels secteurs sont particulièrement concernés par les TMS ?

Le transport et la logistique font partie des secteurs concernés, aux côtés notamment de l'agroalimentaire, de la construction, du nettoyage et des services de soins. Tous les secteurs peuvent toutefois être touchés.

Sources

  1. INRS — Troubles musculosquelettiques : ce qu'il faut retenir
  2. INRS — Prévention des troubles musculosquelettiques
  3. Code du travail numérique — Article R4541-9