Aller au contenu
capsanteprévention

Stress au travail : quels risques psychosociaux repérer et comment les réduire ?

Le stress au travail ne relève pas seulement de la capacité individuelle à tenir le rythme. Il peut révéler des risques psychosociaux liés à la charge, à l'autonomie, aux relations ou au sens du travail.

Salariée assise à son bureau, regardant son écran tandis que des dossiers sont posés à côté d'elle
La prévention du stress commence par l'analyse du travail réel, de sa charge et de ses marges de manœuvre.

Le stress au travail n’est pas seulement une affaire de tempérament ou d’organisation personnelle. Lorsqu’il devient fréquent, qu’il s’accompagne d’une charge impossible à absorber, de consignes contradictoires, d’un manque de soutien ou d’une perte de sens, il peut signaler des risques psychosociaux. La priorité consiste alors à regarder ce qui, dans le travail réel, met les personnes sous pression.

Les risques psychosociaux, souvent désignés par le sigle RPS, concernent les conditions dans lesquelles le travail est organisé, réalisé et vécu. Ils peuvent affecter la santé mentale, mais aussi la santé physique, les relations dans l’équipe, la qualité du travail et la continuité de l’activité. Pour agir, il faut quitter le registre du « il faut mieux gérer son stress » et examiner les causes concrètes.

Comprendre ce qui se cache derrière le stress au travail

Le stress peut apparaître lorsqu’une personne estime ne pas disposer des ressources nécessaires pour faire face aux exigences de son travail. Ces ressources ne sont pas seulement individuelles. Elles comprennent le temps disponible, la clarté des consignes, le matériel, l’effectif, la formation, l’appui du collectif, l’autonomie ou encore la possibilité de demander de l’aide.

Une même situation peut être vécue très différemment selon le poste. Une urgence ponctuelle, préparée et partagée, ne produit pas les mêmes effets qu’une succession d’urgences sans priorités définies. De même, une charge élevée peut être soutenable si l’équipe peut réorganiser les tâches, alerter en cas de difficulté et récupérer ensuite.

Selon les travaux repris par l’INRS, les facteurs de risques psychosociaux sont généralement regroupés en six familles :

  • l’intensité et le temps de travail ;
  • les exigences émotionnelles ;
  • le manque d’autonomie ;
  • les rapports sociaux au travail ;
  • les conflits de valeurs ;
  • l’insécurité de la situation de travail.

Cette grille aide à sortir d’une approche trop vague. Elle permet de nommer ce qui pèse réellement : objectifs irréalistes, horaires imprévisibles, relation difficile avec le public, isolement, manque de reconnaissance, outils défaillants, réorganisations répétées ou impossibilité de faire un travail de qualité.

Le sujet dépasse le seul ressenti individuel. Les RPS doivent être intégrés à l’évaluation des risques et au document unique d’évaluation des risques professionnels, ou DUERP. Pour comprendre cette démarche, consultez notre guide sur les risques psychosociaux au travail.

Repérer les situations qui mettent sous pression

Il n’existe pas de liste magique de symptômes permettant, à elle seule, de conclure à un problème lié au travail. En revanche, certains signaux répétés méritent d’être pris au sérieux, surtout lorsqu’ils concernent plusieurs personnes ou surviennent après un changement d’organisation.

Du côté du salarié, cela peut prendre la forme d’une fatigue inhabituelle, de difficultés à décrocher après le travail, d’irritabilité, de troubles du sommeil, d’appréhension avant la journée de travail ou d’un sentiment d’impuissance face aux tâches demandées. Ces manifestations doivent conduire à chercher des appuis, sans attendre une dégradation importante de la situation. Pour les personnes qui peinent à décrocher le soir, un guide sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle propose des repères pour poser des limites, sans se substituer à l’analyse de la charge de travail.

Du côté de l’entreprise, les alertes peuvent être plus collectives : tensions fréquentes, erreurs inhabituelles, retards, turnover, conflits entre services, absentéisme ou baisse de la qualité. Aucun de ces éléments ne prouve à lui seul l’existence de RPS. Ensemble, et replacés dans le contexte du travail, ils peuvent justifier une analyse.

Situation observée Question à poser Piste de prévention
Priorités qui changent constamment Qui décide de l’ordre des tâches et comment l’information circule-t-elle ? Clarifier les priorités et les critères d’arbitrage
Délais difficiles à tenir La charge correspond-elle réellement au temps et aux moyens disponibles ? Ajuster la répartition du travail et les objectifs
Interruptions permanentes Quelles sollicitations empêchent de terminer les tâches importantes ? Organiser des plages de travail protégées
Tensions dans l’équipe Les rôles, règles de coopération et décisions sont-ils compris ? Prévoir des espaces de régulation du travail
Solitude face à une difficulté À qui le salarié peut-il demander de l’aide rapidement ? Identifier des relais opérationnels et managériaux
Travail empêché Qu’est-ce qui empêche de réaliser un travail jugé satisfaisant ? Traiter les obstacles matériels, procéduraux ou organisationnels

Distinguer la pression ponctuelle d’un risque qui s’installe

Toute activité comporte des périodes plus chargées : remplacement imprévu, pic de commandes, incident technique, échéance réglementaire ou saisonnalité. Le problème commence lorsque l’exception devient le fonctionnement habituel et que les équipes n’ont plus de marge pour faire face.

Une pression de travail devient préoccupante lorsqu’elle est durable, imprévisible ou cumulée à d’autres difficultés. La situation se dégrade plus vite lorsque le salarié ne peut ni choisir l’ordre de ses tâches, ni demander un arbitrage, ni signaler ce qu’il ne pourra pas faire correctement.

Il est aussi important de ne pas confondre autonomie et abandon. Donner de l’autonomie ne consiste pas à laisser une personne seule avec des objectifs très élevés. L’autonomie suppose un cadre clair, des ressources, des marges de décision et une possibilité réelle de demander un soutien.

Réunion d'équipe autour d'une table avec un tableau de répartition des tâches
Une discussion sur les priorités et les obstacles rencontrés permet de prévenir les tensions avant qu'elles ne s'installent.

Un changement d’organisation mérite une attention particulière : nouveau logiciel, réduction d’effectif, fusion de services, évolution des horaires, nouvelles procédures, télétravail ou changement de management. Le risque ne vient pas du changement en lui-même, mais de ses effets possibles sur la charge, la coopération, la compréhension des rôles et la capacité à faire un travail de qualité.

Prévenir les RPS en agissant sur le travail

La prévention la plus efficace intervient en amont. Elle ne consiste pas d’abord à apprendre aux personnes à mieux supporter une organisation difficile. Elle consiste à réduire les sources de tension évitables et à donner des moyens réels pour faire le travail.

Le Code du travail pose des principes généraux de prévention. Parmi eux figurent l’évaluation des risques, l’adaptation du travail à l’homme et la priorité donnée aux mesures de protection collective. Ces principes sont détaillés dans le Code du travail sur la prévention des risques.

Dans la pratique, une action utile part d’une situation précise. Par exemple : les appels entrants empêchent les gestionnaires de traiter les dossiers complexes ; les équipes de terrain reçoivent des consignes incompatibles ; le planning ne laisse aucun temps pour transmettre les informations importantes ; les salariés en télétravail ne savent plus quand ils peuvent réellement se déconnecter.

Une méthode simple consiste à suivre quatre mouvements :

  1. recueillir les faits du travail réel, sans chercher immédiatement un responsable ;
  2. identifier les causes organisationnelles, matérielles et relationnelles ;
  3. décider de mesures concrètes avec les personnes concernées ;
  4. vérifier dans le temps si ces mesures améliorent effectivement le travail.

Les mesures peuvent concerner l’organisation quotidienne, le management, la coopération entre services ou les outils de travail. Voici des exemples d’actions à examiner :

  • revoir des objectifs qui ne correspondent plus aux moyens ;
  • mettre en place des règles d’arbitrage quand plusieurs demandes sont urgentes ;
  • limiter les sollicitations inutiles et clarifier les canaux de communication ;
  • prévoir des temps de transmission entre équipes ;
  • former les managers à discuter du travail, y compris lorsque des difficultés sont remontées ;
  • associer les salariés concernés à l’analyse d’une réorganisation ;
  • suivre les effets des mesures au lieu de considérer le sujet comme clos après une réunion.

Le document unique d’évaluation des risques peut servir de fil conducteur. Il ne doit pas se limiter à une liste de risques abstraits : il doit conduire à identifier des situations concrètes et à programmer des actions adaptées.

La charge de travail se discute, elle ne se devine pas

La charge de travail ne se réduit pas au nombre de dossiers, de clients ou de pièces produites. Elle comprend aussi les imprévus, la complexité des tâches, les interruptions, la qualité attendue, les difficultés techniques, les relations avec le public et les tâches invisibles de coordination.

Un responsable peut avoir le sentiment d’avoir donné des objectifs raisonnables alors que les salariés rencontrent, chaque jour, des obstacles non pris en compte. L’enjeu est donc de créer des occasions de parler du travail en détail, plutôt que de demander seulement si « tout va bien ».

Quelques questions ouvrent mieux la discussion :

  • Quelles tâches prennent plus de temps que prévu ?
  • Qu’est-ce qui doit être fait en priorité quand tout ne peut pas être traité ?
  • Quelles consignes vous paraissent contradictoires ?
  • Quelles tâches ne sont jamais prises en compte dans la charge prévue ?
  • De quelles décisions ou informations avez-vous besoin pour avancer ?
  • Qu’est-ce qui vous empêche de faire un travail dont vous êtes satisfait ?
Manager et salariée consultant ensemble un planning de travail sur un ordinateur portable
Réviser les priorités avec la personne concernée permet de rendre la charge de travail visible et discutable.

Ces échanges ne remplacent pas les instances représentatives du personnel ni les dispositifs d’alerte. Ils permettent toutefois de détecter plus tôt les difficultés. Lorsqu’un comité social et économique, ou CSE, existe, il peut aussi contribuer aux sujets de santé, sécurité et conditions de travail.

La question du temps de connexion doit également être traitée. Des messages tardifs, des groupes de discussion permanents ou une attente de réponse implicite peuvent entretenir une pression continue. Le droit à la déconnexion et la charge mentale offrent un angle concret pour revoir les pratiques numériques, les plages de disponibilité et les règles de réponse.

Que faire lorsqu’un salarié va mal ?

Face à une personne en difficulté, la première erreur consiste à banaliser : « C’est une mauvaise passe », « tout le monde est fatigué » ou « il faut prendre du recul ». La seconde serait de vouloir obtenir des confidences ou poser un diagnostic. Le rôle de l’entourage professionnel est d’écouter, de prendre au sérieux les signaux exprimés et de chercher des solutions sur les conditions de travail.

Le salarié peut demander à rencontrer le service de prévention et de santé au travail, ou SPST. Il peut également consulter son médecin traitant. Ces interlocuteurs sont différents, mais ils peuvent aider à apprécier une situation de santé et les besoins éventuels d’aménagement ou d’accompagnement.

Lorsqu’un arrêt de travail se prolonge, une visite de pré-reprise peut être demandée par le salarié, le médecin traitant ou le médecin-conseil dans certaines conditions. Cette démarche peut permettre de préparer le retour au travail et d’envisager les adaptations nécessaires. Pour connaître les repères utiles, retrouvez notre article sur la visite médicale et la santé au travail.

Le terme « burn-out » est souvent employé pour parler d’épuisement. Il ne faut pas l’utiliser comme un diagnostic. Selon l’INRS, le burn-out n’est pas une maladie inscrite dans un tableau de maladies professionnelles. Des affections psychiques peuvent néanmoins être examinées au cas par cas dans certaines situations. L’article sur le burn-out : reconnaître et agir détaille les précautions à prendre.

En cas de danger immédiat ou de propos évoquant le suicide, ne restez pas seul. Le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible à toute heure, pour les personnes en détresse comme pour leur entourage. Les informations sont disponibles sur le site du 3114.

Harcèlement, conflit, désaccord : ne pas tout mélanger

Un conflit professionnel, une tension d’équipe ou une décision managériale contestée ne constituent pas automatiquement du harcèlement moral. Pour autant, ils peuvent dégrader fortement les conditions de travail et doivent être traités.

Le harcèlement moral correspond à des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible notamment d’altérer la santé ou de compromettre l’avenir professionnel. Cette définition appelle une analyse sérieuse des faits, de leur répétition et de leurs effets.

Dans tous les cas, il est utile de conserver des éléments factuels : dates, messages, consignes reçues, personnes présentes, changements de poste ou conséquences observées. Ces éléments facilitent le dialogue avec les interlocuteurs compétents et évitent que la situation ne repose sur des souvenirs imprécis.

Pour distinguer les démarches possibles et les interlocuteurs, consultez notre guide sur le harcèlement moral au travail et les recours. Si un salarié estime être confronté à une situation mettant gravement sa santé en danger, il doit chercher conseil sans s’isoler, notamment auprès du SPST, des représentants du personnel ou des services compétents.

Par où commencer dans l’entreprise ?

Une démarche de prévention des RPS ne demande pas de trouver immédiatement une solution à tous les problèmes. Elle demande de choisir une situation prioritaire, d’écouter le travail réel et de suivre les effets des décisions prises.

Prévenir le stress au travail suppose de considérer les difficultés comme des informations sur l’organisation, et non comme une faiblesse à corriger chez les personnes. Quand les priorités sont discutables, les moyens ajustables et les alertes entendues, les équipes disposent de davantage de prises pour protéger leur santé et réaliser un travail de qualité.

Questions fréquentes

Le stress au travail est-il un risque psychosocial ?

Le stress peut être une manifestation de risques psychosociaux, mais il ne résume pas à lui seul l'ensemble du sujet. Les RPS concernent notamment la charge de travail, l'autonomie, les relations professionnelles, les exigences émotionnelles et l'insécurité de la situation de travail.

Que faire si la charge de travail devient ingérable ?

Il est utile de décrire précisément ce qui bloque : tâches à réaliser, délais, interruptions, priorités contradictoires et moyens manquants. Vous pouvez en parler à votre responsable, aux représentants du personnel s'ils existent ou au service de prévention et de santé au travail.

L'employeur doit-il prévenir les risques psychosociaux ?

Oui. L'employeur doit évaluer les risques pour la santé physique et mentale, puis mettre en place des mesures de prévention adaptées. Les mesures doivent agir sur le travail et son organisation, pas uniquement sur la manière dont les salariés y réagissent.

Une surcharge ponctuelle est-elle forcément dangereuse ?

Une période intense n'a pas les mêmes effets selon sa durée, sa prévisibilité, les moyens disponibles et la possibilité de récupérer. Le risque augmente lorsque la surcharge s'installe, que les priorités restent floues ou que les difficultés ne peuvent pas être discutées.

À qui parler en cas de mal-être lié au travail ?

Vous pouvez solliciter votre responsable, les représentants du personnel, le service de prévention et de santé au travail ou votre médecin traitant. En cas de détresse psychique ou de pensées suicidaires, le 3114 est joignable gratuitement, jour et nuit.

Le burn-out est-il automatiquement reconnu comme maladie professionnelle ?

Non. Selon l'INRS, le burn-out n'est pas une maladie inscrite dans un tableau de maladies professionnelles. Certaines affections psychiques peuvent toutefois faire l'objet d'une reconnaissance au cas par cas, selon une procédure spécifique.

Sources

  1. INRS — Catégories de facteurs de risques psychosociaux
  2. Code du travail — Principes généraux de prévention
  3. INRS — Épuisement professionnel ou burnout
  4. 3114 — Numéro national de prévention du suicide