Visites médicales du travail : quelle visite, quand, et pour qui ?
Le suivi de santé au travail ne se résume pas à une visite d'embauche. Voici les rendez-vous prévus par le Code du travail, leurs délais et ce que chacun peut attendre côté salarié comme côté employeur.

Le suivi de santé au travail repose sur plusieurs visites distinctes, déclenchées par l’embauche, par les risques du poste, par l’âge ou par une absence prolongée. La première, la visite d’information et de prévention, doit avoir lieu au plus tard 3 mois après la prise effective du poste et se renouvelle au maximum tous les 5 ans. Les autres rendez-vous (suivi renforcé, mi-carrière, pré-reprise, reprise) dépendent de votre situation. Ce guide les classe pour que salarié et employeur sachent qui doit demander quoi, et à quel moment.
Ces visites relèvent du service de prévention et de santé au travail (SPST), l’organisme, interne à l’entreprise ou commun à plusieurs entreprises, qui accompagne employeurs et salariés. Elles s’inscrivent dans le cadre plus large décrit dans notre dossier droits et santé au travail. Précision de contexte : le décret n° 2026-503 du 12 juin 2026 a donné une nouvelle rédaction à l’article R4624-31 sur la visite de reprise. Les seuils présentés plus bas sont ceux du texte en vigueur à la date de rédaction (octobre 2026) ; en cas de doute sur un détail, votre service de prévention reste le meilleur interlocuteur.
La visite d’information et de prévention (VIP), porte d’entrée du suivi
La VIP est le rendez-vous de base. Elle s’adresse aux salariés dont le poste n’expose pas à des risques particuliers, et elle est aussi la première étape du suivi pour les autres. Son but n’est pas de déclarer quelqu’un « apte » ou « inapte » : elle sert à repérer les risques du poste, à informer sur les moyens de s’en protéger, à identifier d’éventuels problèmes de santé qui demandent un aménagement et à orienter, si besoin, vers le médecin du travail.
Les délais figurent sur la page de référence de service-public.fr :
- au plus tard 3 mois après la prise effective du poste pour un salarié ordinaire ;
- avant l’affectation pour les travailleurs de nuit et pour les mineurs ;
- dans un délai de 2 mois pour les apprentis majeurs.
Le renouvellement intervient ensuite dans un délai maximum de 5 ans. Ce délai tombe à 3 ans pour les travailleurs handicapés, les titulaires d’une pension d’invalidité et les travailleurs de nuit. Selon l’organisation du service, la VIP peut être menée par un professionnel de santé de l’équipe, par exemple un infirmier en santé au travail, qui agit dans le cadre d’un protocole défini avec le médecin.
Un point pratique : le salarié a tout intérêt à préparer la visite. Un quart d’heure de réflexion avant le rendez-vous change la qualité de l’échange : quelles tâches font mal, quels gestes reviennent le plus souvent, quels équipements manquent ?
Le suivi individuel renforcé pour les postes à risques particuliers
Certains postes exposent à des risques qui justifient un suivi plus serré : le suivi individuel renforcé. Il s’applique aux salariés dont l’activité présente des risques particuliers pour leur santé ou leur sécurité, ou pour celles de leurs collègues. Dans ce cadre, l’examen est assuré par le médecin du travail lui-même, et non plus seulement par un autre professionnel de santé.
L’article R4624-28 du Code du travail fixe le rythme : le médecin du travail détermine la périodicité du renouvellement de la visite, sans dépasser 4 ans. Entre deux visites avec le médecin, une visite intermédiaire est effectuée par un professionnel de santé, au plus tard 2 ans après la visite du médecin. Autrement dit, un salarié en suivi renforcé est vu au moins tous les 2 ans, alternativement par le médecin et par un autre professionnel de l’équipe.
Cette organisation alterne volontairement les regards. Le médecin du travail garde la vision d’ensemble du poste et de la santé du salarié ; la visite intermédiaire vérifie que rien n’a changé et capte les signaux faibles : une épaule qui fatigue, un sommeil qui se dégrade, une consigne nouvelle qui bouscule les habitudes.
La visite de mi-carrière : faire le point au milieu du parcours
Créée pour lutter contre l’usure professionnelle, la visite de mi-carrière a lieu pendant l’année des 45 ans du salarié, sauf accord de branche prévoyant un autre âge. L’article L4624-2-2 précise qu’elle peut être anticipée et associée à une autre visite médicale, pour éviter de multiplier les rendez-vous.
Ses objectifs sont concrets :
- dresser un état des lieux de l’adéquation entre le poste de travail et l’état de santé du salarié, à date ;
- évaluer les risques de désinsertion professionnelle, c’est-à-dire de sortie de l’emploi pour raison de santé ;
- sensibiliser le salarié aux enjeux du vieillissement au travail ;
- proposer, quand c’est utile, un dépistage des risques cardio-neuro-vasculaires.
Pour les métiers à fortes contraintes physiques, ce rendez-vous est une occasion rare de poser la question de l’avenir du poste. Un salarié qui commence à ressentir des douleurs persistantes aux épaules ou au dos peut demander, à ce moment, une étude de poste ou une réflexion sur l’évolution de ses tâches. Notre article sur les signes d’alerte des TMS aide à reconnaître ce qui mérite d’être signalé.
Après une absence : pré-reprise, reprise et rendez-vous de liaison
Un arrêt de travail ne se termine pas toujours par un simple retour au poste. Trois dispositifs existent, souvent confondus.
La visite de pré-reprise prépare le retour pendant l’arrêt. Elle est possible pour un arrêt de plus de 30 jours (le seuil était de 3 mois avant le 31 mars 2022). Elle peut être demandée par le salarié, par son médecin traitant ou par le médecin-conseil de l’Assurance Maladie, selon la page de référence de service-public.fr. Elle est facultative mais précieuse : c’est le bon moment pour évoquer un temps partiel thérapeutique, un aménagement de poste ou une reconversion avant que le retour ne soit imminent.
La visite de reprise est, elle, obligatoire dans quatre situations : après un congé de maternité, après une maladie professionnelle, après un arrêt d’au moins 30 jours pour accident du travail, après un arrêt d’au moins 60 jours pour maladie ou accident non professionnel. Elle a lieu le jour de la reprise et au plus tard dans les 8 jours. Elle sert à vérifier que le poste est compatible avec l’état de santé et à proposer des aménagements. Une dispense existe : si une visite de pré-reprise a eu lieu dans les 30 jours précédant la reprise et que le médecin a conclu à l’absence d’aménagement nécessaire, la visite de reprise n’est pas requise, sauf demande du médecin, de l’employeur ou du salarié. Pour les parents qui reviennent d’un congé de maternité, ce rendez-vous s’inscrit dans un retour plus large, que le congé supplémentaire de naissance et ses démarches permet d’organiser à deux.
Le rendez-vous de liaison concerne les arrêts de plus de 30 jours, continus ou non. Il est facultatif, il n’a pas de délai légal et ce n’est pas une visite médicale : c’est un échange organisé avec le service de prévention et de santé au travail pour aborder le retour et les aménagements envisageables.
| Dispositif | Déclencheur | Qui peut le demander | Caractère |
|---|---|---|---|
| Pré-reprise | Arrêt de plus de 30 jours | Salarié, médecin traitant, médecin-conseil | Facultatif |
| Visite de reprise | Maternité, maladie professionnelle, AT d’au moins 30 jours, arrêt d’au moins 60 jours (maladie ou accident non professionnel) | Organisée par l’employeur | Obligatoire, au plus tard 8 jours après la reprise |
| Rendez-vous de liaison | Arrêt de plus de 30 jours | Employeur ou salarié | Facultatif, pas un examen médical |
La visite à la demande : une porte toujours ouverte
En dehors de tout calendrier, une visite peut être sollicitée à tout moment par l’employeur, par le travailleur ou par le médecin du travail. C’est le dispositif le moins connu et l’un des plus utiles. Il permet de réagir à une situation qui évolue : un nouveau poste, une douleur qui s’installe, une tension dans l’équipe, une inquiétude sur un produit utilisé.
Pour le salarié, la démarche est simple : s’adresser directement au service de prévention et de santé au travail dont dépend l’entreprise, ou passer par l’employeur. Pour l’employeur, accepter ou organiser une telle visite relève de son obligation générale de prévention : il lui revient de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale de ses salariés.
Ce que le médecin du travail peut ensuite proposer est de l’ordre du conseil : adaptations du poste, étude des conditions de travail, orientation vers le médecin traitant. Il ne remplace ni le diagnostic ni le traitement. Pour comprendre le rôle de ces professionnels, on peut lire l’interview d’une médecin du travail publiée dans le magazine.
Le lien avec le document unique et la prévention dans l’entreprise
Les visites médicales ne fonctionnent pas en vase clos. Le médecin du travail s’appuie sur ce que l’entreprise a identifié comme risques : c’est le rôle du document unique d’évaluation des risques (DUERP), qui doit d’ailleurs être transmis au service de prévention et de santé au travail à chaque mise à jour. Plus ce document est précis, plus les visites sont pertinentes.
À l’inverse, ce que le médecin constate au fil des consultations peut alimenter la prévention collective : plusieurs douleurs d’épaule dans un atelier, une fatigue visuelle récurrente dans un open space. Sans livrer d’informations individuelles, il peut alerter l’employeur et le comité social et économique (CSE) sur des tendances. C’est ainsi qu’une visite individuelle débouche sur une amélioration pour toute l’équipe.
Pour le salarié, deux principes méritent d’être rappelés : les échanges avec le médecin du travail sont couverts par le secret médical, et l’employeur n’a pas accès au détail de ce qui se dit. Il n’a pas à connaître le diagnostic : seules les conséquences utiles pour le poste lui sont communiquées, par exemple un aménagement préconisé.
Ce que la visite peut déboucher, et ce qu’elle ne fait pas
À l’issue d’une visite, le médecin du travail peut préconiser des mesures individuelles pour adapter le poste, aménager les horaires ou transformer certaines tâches. Il peut aussi orienter le salarié vers son médecin traitant ou vers d’autres dispositifs de maintien dans l’emploi. Si le poste devient incompatible avec l’état de santé, une procédure d’inaptitude peut s’ouvrir : ses conditions et ses suites sont détaillées dans notre article sur l’inaptitude et le reclassement.
Ce que la visite ne fait pas, en revanche, mérite autant d’attention :
- elle n’établit pas de diagnostic et ne prescrit pas de traitement ;
- elle ne remplace pas la déclaration d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, qui suit une autre procédure ;
- elle ne donne pas à l’employeur accès au dossier médical ;
- elle ne se résume pas à un contrôle : elle sert d’abord à prévenir et à adapter le travail.
Pour un accident ou une maladie d’origine professionnelle, reportez-vous à notre guide des démarches après un accident du travail.
Ce qu’il faut retenir
Chaque visite a sa logique : la VIP à l’arrivée et tous les 5 ans au plus, le suivi renforcé avec un maximum de 4 ans entre deux visites du médecin, la mi-carrière l’année des 45 ans, la pré-reprise pendant un arrêt de plus de 30 jours, la reprise au plus tard 8 jours après le retour, et la visite à la demande à tout moment.
Si vous êtes salarié, retenez que vous pouvez demander un rendez-vous dès qu’une gêne apparaît. Si vous êtes employeur, un suivi des échéances et une transmission régulière du DUERP à votre service de prévention suffisent à sécuriser l’essentiel. Dans les deux cas, en cas de doute sur un délai ou sur une situation particulière, le service de prévention et de santé au travail, ou votre médecin traitant pour les questions médicales, sont les premiers interlocuteurs.
Questions fréquentes
Quand passe-t-on sa première visite médicale du travail ?
La visite d'information et de prévention a lieu au plus tard dans les 3 mois suivant la prise effective du poste. Pour les travailleurs de nuit et les mineurs, elle a lieu avant l'affectation, et pour les apprentis majeurs dans un délai de 2 mois.
Tous les salariés sont-ils vus par le médecin du travail ?
Non. Le suivi dépend des risques du poste. Le suivi standard passe par une visite d'information et de prévention qui peut être menée par un professionnel de santé du service. Le suivi individuel renforcé, lui, comprend un examen par le médecin du travail.
Peut-on demander une visite sans attendre la prochaine échéance ?
Oui. Le salarié, l'employeur ou le médecin du travail peuvent demander une visite à tout moment. Elle est utile dès qu'une douleur, une difficulté de poste ou une inquiétude sur la santé au travail apparaît.
La visite de pré-reprise est-elle obligatoire ?
Non, elle est facultative. Elle peut être organisée pendant un arrêt de plus de 30 jours, à la demande du salarié, du médecin traitant ou du médecin-conseil de l'Assurance Maladie, pour préparer le retour au travail.
Quel est le délai de la visite de reprise ?
Elle a lieu le jour de la reprise et au plus tard dans les 8 jours qui suivent. Elle est obligatoire après un congé de maternité, une maladie professionnelle, un arrêt d'au moins 30 jours pour accident du travail ou d'au moins 60 jours pour maladie ou accident non professionnel.
Le rendez-vous de liaison est-il une visite médicale ?
Non. Il s'agit d'un échange facultatif entre le salarié et l'employeur, avec le service de prévention et de santé au travail, pour aborder le retour et les aménagements possibles. La loi n'impose aucun délai pour le tenir.
Sources
- Service-public.fr — Visite d'information et de prévention
- Service-public.fr — Visites de pré-reprise, de reprise et rendez-vous de liaison
- Code du travail — Article R4624-28 (suivi individuel renforcé)
- Code du travail — Article L4624-2-2 (visite de mi-carrière)
- Code du travail — Article R4624-31 (visite de reprise)