Télétravail : comment installer un poste ergonomique chez soi ?
Un poste de télétravail ergonomique ne se résume pas à un bon siège. L'organisation de l'écran, du clavier, de la lumière et des pauses réduit les contraintes sur le dos, le cou, les épaules et les poignets.

Un poste de télétravail ergonomique se règle d’abord autour de votre activité réelle : ce que vous regardez, ce que vous saisissez, la durée passée assis et les déplacements possibles dans la journée. À domicile, travailler longtemps sur un ordinateur portable posé sur une table basse ou sur la table de cuisine peut créer des contraintes pour le cou, le dos, les épaules et les poignets. L’objectif n’est pas de trouver une position figée, mais de construire un poste réglable et de varier les postures.
Les troubles musculosquelettiques, ou TMS, regroupent des affections qui peuvent toucher notamment le cou, les épaules, les coudes, les poignets et les mains. Le travail sur écran peut participer à leur apparition lorsqu’il s’ajoute à une posture maintenue, à des gestes répétitifs, à une charge de travail élevée ou à un environnement mal adapté. Pour comprendre ces mécanismes, consultez notre guide de prévention des TMS.
Commencer par séparer l’écran du clavier
Le premier point à vérifier est simple : pouvez-vous régler indépendamment la hauteur de l’écran et la position du clavier ? Avec un ordinateur portable seul, ce n’est généralement pas le cas. Si l’écran est à une hauteur confortable pour le regard, le clavier devient trop haut ; si le clavier est bien placé, vous baissez souvent la tête.
Pour du télétravail régulier, un équipement dissocié facilite les ajustements :
- un écran externe ou, à défaut, un support stable pour rehausser l’ordinateur portable ;
- un clavier séparé ;
- une souris adaptée à votre main et à vos tâches ;
- un plan de travail suffisamment dégagé pour poser les avant-bras ;
- un siège dont vous pouvez au moins ajuster la hauteur.
L’écran se place en face de vous, pas de côté. Cette position évite de maintenir la tête tournée pendant les appels, la rédaction ou la lecture de documents. L’INRS recommande généralement une distance de 50 à 70 centimètres entre les yeux et l’écran, à adapter selon la taille, la résolution et le nombre d’écrans. Le haut de l’écran se situe au niveau des yeux ou légèrement en dessous.
Un écran trop bas peut vous conduire à incliner la tête vers l’avant. Un écran trop haut peut obliger à relever le menton. Dans les deux cas, cherchez un réglage qui vous permette de lire sans vous rapprocher continuellement ni hausser les épaules.
| Élément du poste | Repère de réglage | Ce qu’il faut observer |
|---|---|---|
| Écran | Face à vous, généralement à 50 à 70 cm | Vous lisez sans avancer la tête ni plisser les yeux |
| Haut de l’écran | Au niveau des yeux ou légèrement en dessous | Votre regard reste naturellement dirigé vers le centre de l’affichage |
| Clavier | Devant vous, suffisamment près | Vos épaules restent relâchées et vos avant-bras sont soutenus |
| Souris | À proximité du clavier | Vous ne tendez pas le bras pour l’attraper |
| Siège | Hauteur permettant d’avoir les pieds à plat | Vos cuisses sont horizontales ou les hanches légèrement plus hautes que les genoux |
La configuration dépend aussi des tâches. Une personne qui alterne messagerie, tableurs et visioconférences n’utilise pas son matériel comme une personne qui rédige de longs textes ou traite des dossiers sur double écran. Un réglage utile est celui qui tient compte de ce que vous faites réellement pendant la journée.
Régler le siège sans chercher la posture parfaite
Le siège est un point d’appui, pas un dispositif qui corrige à lui seul toutes les contraintes. Réglez d’abord sa hauteur pour poser les pieds à plat au sol. Si cela n’est pas possible parce que le plan de travail est trop haut, un appui stable sous les pieds peut aider, mais le problème peut aussi venir de la hauteur du bureau.
L’INRS décrit une posture assise de moindre inconfort avec les pieds à plat, les cuisses horizontales ou les hanches très légèrement plus hautes que les genoux, et le bas du dossier soutenant la courbure naturelle du dos. Les genoux peuvent former un angle droit ou légèrement obtus.
Le bon repère n’est donc pas une immobilité stricte. Il s’agit de pouvoir vous asseoir au fond du siège, changer d’appui, vous lever et revenir à votre activité sans devoir tout reconfigurer.
Bon geste
Réglez la hauteur du siège avant de régler l'écran, puis vérifiez que les pieds reposent sur un appui stable et que le bas du dos est soutenu.
Geste à éviter
Travailler en avant du siège, le dos sans appui, les jambes croisées durant des heures ou les pieds suspendus faute de réglage.
Si votre siège ne se règle pas, ne concluez pas trop vite qu’il faut simplement « mieux se tenir ». Les contraintes peuvent venir d’un ensemble : bureau haut, écran bas, absence de clavier séparé, luminosité insuffisante ou manque de place. Notre dossier sur le siège ergonomique et l’alternance assis-debout aide à regarder ces éléments ensemble.
Placer clavier et souris pour relâcher les épaules
Le clavier et la souris doivent rester proches. Quand ils sont trop loin, vous avancez le buste ou vous tendez les bras. Quand ils sont trop hauts, les épaules remontent et les poignets peuvent se retrouver cassés vers le haut ou sur le côté.
Selon l’INRS, les bras et les coudes doivent rester près du tronc. Les avant-bras et les mains reposent sur le plan de travail et restent alignés. L’angle du coude peut être compris entre 90 et 135°.
Entre 90 et 135°, l’angle du coude indiqué par l’INRS offre un repère utile pour régler la hauteur d’assise et la position du clavier. Ce n’est pas une injonction à maintenir une position identique : les changements de posture restent nécessaires.
Quelques vérifications pratiques peuvent guider votre installation :
- vos épaules restent-elles basses lorsque vous tapez ?
- les coudes restent-ils proches du corps ?
- pouvez-vous utiliser la souris sans tendre le bras ?
- vos poignets restent-ils dans le prolongement des avant-bras ?
- y a-t-il assez de place pour poser les avant-bras, sans bord dur qui comprime la zone du poignet ?
Lorsque la table est trop étroite, la souris finit souvent sur le côté, loin du clavier. Cette configuration semble anodine mais elle multiplie les gestes d’extension du bras au fil de la journée. Un plateau plus profond, un clavier plus compact ou une réorganisation de la surface de travail peuvent parfois suffire.
Pour aller plus loin sur les réglages de poste, retrouvez notre guide d’ergonomie du poste de travail.
Organiser la lumière et limiter les reflets
La fatigue visuelle n’est pas seulement liée au temps passé devant un écran. Les reflets, un contraste mal réglé, un écran trop lumineux ou une pièce trop sombre peuvent pousser à se rapprocher, à plisser les yeux ou à adopter une position inconfortable.
Placez si possible l’écran perpendiculairement à une fenêtre. Une fenêtre directement devant vous peut créer un contre-jour ; une fenêtre dans votre dos peut se refléter dans l’écran. L’idée est de bénéficier de la lumière du jour sans la subir.
Pour les écrans à fond clair, l’INRS indique une plage d’éclairement de 300 à 500 lux. Pour les écrans à fond sombre, elle indique 200 à 300 lux. Ces valeurs servent de repères d’aménagement : elles ne remplacent pas l’observation du poste au moment où vous travaillez réellement.
Vérifiez aussi les éléments suivants :
- nettoyez l’écran si les traces diminuent la lisibilité ;
- adaptez la luminosité de l’écran à celle de la pièce ;
- utilisez un éclairage d’appoint si votre plan de travail est sombre ;
- évitez une lampe dirigée vers l’écran ;
- agrandissez le texte si vous vous rapprochez systématiquement pour lire.
La fatigue visuelle, les maux de tête ou la difficulté à faire la mise au point méritent d’être discutés avec un professionnel de santé, surtout s’ils persistent. Vous pouvez également consulter notre article sur le travail sur écran et la fatigue visuelle.
Un accident survenu sur le lieu du télétravail pendant l’exercice de l’activité professionnelle est présumé être un accident du travail, dans les conditions prévues par le Code du travail. Les modalités du télétravail relèvent notamment de l’accord collectif applicable ou, à défaut, de la charte mise en place par l’employeur après avis du comité social et économique lorsqu’il existe. Le texte de référence est accessible sur le Code du travail numérique.
Prévoir des changements de posture dans l’agenda
La qualité du matériel ne compense pas une immobilité prolongée. L’INRS rappelle qu’il n’existe pas de posture idéale à maintenir et recommande de rompre les périodes sédentaires idéalement toutes les 30 minutes. Cela peut être très bref : se lever pour prendre un document, regarder au loin, se déplacer pour boire un verre d’eau ou changer de tâche.
Rompre les périodes sédentaires idéalement toutes les 30 minutes ne signifie pas interrompre constamment son travail. Il s’agit d’inscrire des variations réalistes dans la journée, plutôt que de concentrer tous les mouvements sur une pause lointaine.
Une alternance simple peut comprendre :
- quelques minutes debout pendant un appel ne nécessitant pas de prise de notes intensive ;
- un déplacement entre deux séquences de concentration ;
- une tâche sur papier, lorsque cela est compatible avec le travail ;
- un changement de position assise ;
- une pause visuelle en regardant au loin.
Le bureau assis-debout peut aider certaines personnes à varier leur posture, à condition de ne pas remplacer une position assise prolongée par une station debout prolongée. L’INRS précise qu’aucune durée maximale n’est fixée pour la station debout et qu’elle doit être envisagée comme une posture à alterner.
La prévention passe aussi par le rythme des réunions. Des visioconférences enchaînées laissent peu de marge pour se lever, réajuster son siège ou reposer le regard. Dans une équipe, prévoir des temps sans écran entre deux réunions peut être une mesure d’organisation aussi concrète qu’un changement de matériel.
Les recommandations détaillées de l’INRS sur la prévention des risques liés au travail sur écran rappellent l’importance de l’environnement, de l’organisation et des pauses ou changements d’activité.
Adapter le poste à une journée de travail réelle
Un poste bien installé le matin peut devenir inconfortable si la journée change : réunion longue, consultation de documents papier, double écran, appels fréquents ou travail sur ordinateur portable dans une autre pièce. L’ergonomie ne consiste pas à faire une installation théorique, mais à ajuster le poste aux situations qui se répètent.
Commencez par identifier votre situation dominante :
| Situation fréquente | Risque d’inconfort | Ajustement possible |
|---|---|---|
| Ordinateur portable seul | Tête inclinée et bras mal placés | Rehausser l’écran et ajouter clavier et souris séparés |
| Visioconférences répétées | Immobilité et fatigue visuelle | Prévoir des respirations entre les réunions et alterner les positions |
| Travail sur documents papier | Torsion de la tête, documents posés trop loin | Placer les documents près de l’écran ou utiliser un support |
| Double écran | Rotation répétée de la tête | Mettre l’écran principal face à soi et rapprocher le second |
| Table de cuisine | Hauteur ou profondeur peu adaptées | Ajuster le siège, prévoir un appui des pieds et dégager la surface |
Une difficulté qui revient chaque jour doit être traitée comme un sujet de prévention, pas comme un problème individuel à endurer. Les risques liés au poste de télétravail peuvent être intégrés dans l’évaluation des risques de l’entreprise et dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, ou DUERP. Pour comprendre ce document et son utilité concrète, consultez notre guide du DUERP.
Faire remonter un problème plutôt que compenser seul
Certains aménagements sont simples : rehausser un écran, dégager une table, déplacer une lampe, rapprocher une souris. D’autres nécessitent une décision d’organisation ou la mise à disposition d’équipements adaptés. Il peut s’agir d’un écran externe, d’un siège, d’un clavier séparé, mais aussi d’une révision de la fréquence des réunions ou des tâches imposées à distance.
Vous pouvez préparer un échange en indiquant :
- ce qui vous gêne concrètement ;
- à quel moment de la journée ou pendant quelle tâche ;
- les essais déjà réalisés ;
- les éléments qui semblent améliorer la situation ;
- les effets sur votre travail, sans attendre une aggravation.
L’employeur doit prendre les mesures de prévention adaptées aux risques identifiés. Le Code du travail pose notamment le principe d’adapter le travail à l’homme, en tenant compte des postes, des équipements et des méthodes de travail. Cette approche est plus utile qu’une consigne générale demandant à chacun de « bien se tenir ».
En cas de gêne durable, de douleur ou de difficulté à reprendre certaines tâches, votre médecin traitant est l’interlocuteur médical. Le service de prévention et de santé au travail peut également être sollicité pour réfléchir aux contraintes du poste et aux adaptations possibles. Il ne s’agit pas de poser vous-même un diagnostic, mais de donner des éléments précis sur vos conditions de travail.
Par où commencer dès aujourd’hui ?
N’essayez pas de tout transformer en une seule fois. Commencez par le point qui crée le plus de contrainte visible : écran trop bas, absence de souris, siège trop haut, reflets ou enchaînement de réunions sans interruption.
Un poste ergonomique chez soi n’est pas nécessairement un poste coûteux ou parfait. C’est un poste qui vous permet de travailler avec moins de contraintes inutiles, de bouger au cours de la journée et de faire remonter les difficultés qui ne peuvent pas être résolues seul.
Questions fréquentes
Comment placer son écran en télétravail ?
Placez l'écran face à vous, à une distance généralement comprise entre 50 et 70 centimètres. Le haut de l'écran doit être au niveau des yeux ou légèrement en dessous, en tenant compte de votre confort visuel et, le cas échéant, de vos lunettes.
Peut-on travailler toute la journée sur un ordinateur portable ?
Un ordinateur portable peut convenir pour un usage ponctuel, mais son écran et son clavier solidaires limitent les réglages. Pour un travail régulier, un écran externe, un clavier et une souris séparés permettent d'ajuster plus facilement la hauteur de regard et la position des bras.
Quelle position adopter sur une chaise de télétravail ?
Gardez les pieds à plat, les cuisses approximativement horizontales et le bas du dos soutenu par le dossier. Il n'existe pas de posture parfaite à conserver : l'essentiel est de pouvoir changer de position et de rompre régulièrement l'immobilité.
Le travail debout est-il préférable au travail assis ?
La station debout n'est pas une solution à maintenir longtemps. Elle peut être une alternative utile si elle s'inscrit dans une alternance avec l'assise, des déplacements et des changements d'activité.
Qui doit fournir le matériel de télétravail ?
Les modalités concrètes dépendent notamment de l'accord collectif, de la charte de télétravail ou des règles applicables dans l'entreprise. Un salarié qui rencontre une difficulté de poste peut en parler à son manager, à son employeur ou au service de prévention et de santé au travail.
Que faire en cas de douleurs au cou, au dos ou au poignet ?
Ne laissez pas une gêne s'installer sans en parler. Signalez les contraintes liées au poste et consultez votre médecin traitant si la douleur persiste ou vous inquiète ; le service de prévention et de santé au travail peut aussi accompagner l'analyse de la situation de travail.