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Travail sur écran : comprendre la fatigue visuelle, régler son poste et s'accorder les bonnes pauses

La fatigue visuelle au bureau tient autant à l'environnement qu'à l'écran lui-même : lumière, reflets, distance, correction et pauses. Voici les réglages repérés par l'INRS et les leviers côté salarié comme côté employeur.

Salariée de bureau devant un écran placé à bonne distance, éclairé de côté par une fenêtre munie d'un store, qui se frotte doucement les yeux
Un écran perpendiculaire à la fenêtre, un store réglé et un regard qui quitte régulièrement l'écran : trois gestes simples contre la fatigue visuelle.

La fatigue visuelle sur écran vient rarement d’une seule cause : elle naît de la combinaison d’un écran mal placé, d’un éclairage inadapté, d’une correction optique qui ne correspond pas à la distance de travail et de longues périodes sans lever les yeux. La bonne nouvelle est que ces paramètres se règlent. L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) donne des repères précis : écran à 50 à 70 cm, haut de l’écran au niveau des yeux ou légèrement en dessous, 300 à 500 lux pour un fond clair, pause idéalement toutes les 30 minutes.

Cet article s’adresse aux salariés qui travaillent plusieurs heures par jour devant un écran, au bureau ou à domicile, et aux employeurs qui doivent évaluer et réduire ce risque. Il ne pose aucun diagnostic : en cas de symptômes persistants, c’est un médecin ou un ophtalmologue qui examine la vue.

Pourquoi les yeux fatiguent devant un écran

Lire un écran demande un effort continu : les yeux se fixent à courte distance, ajustent la netteté, suivent de petits caractères et gèrent des contrastes parfois élevés. Quand cet effort se prolonge sans interruption, des symptômes apparaissent. Les plus décrits sont :

  • des yeux qui piquent, brûlent ou larmoient, ou au contraire une sensation de sécheresse ;
  • une vision qui devient floue en fin de journée ou après une tâche prolongée ;
  • des maux de tête, souvent autour des tempes ou du front ;
  • une gêne face à la lumière ;
  • des tensions dans la nuque et les épaules, parce que l’on se rapproche ou se penche pour mieux voir.

Cette dernière conséquence est souvent oubliée : une mauvaise vision de l’écran entraîne une mauvaise posture, et c’est ainsi que la fatigue visuelle rejoint les troubles musculosquelettiques (TMS). L’INRS classe d’ailleurs la fatigue visuelle, les TMS, le stress et la sédentarité parmi les risques du travail sur écran, et recommande d’évaluer ces risques avant de mettre en place des mesures.

Les causes se répartissent en quatre familles. Le tableau ci-dessous les rassemble avec ce qu’on observe sur le terrain.

Famille de causes Ce qu’on observe Levier d’action
Poste et écran Écran trop près, trop haut ou trop bas, texte trop petit Distance, hauteur et taille du texte à régler
Lumière et environnement Reflets, fenêtre en face ou dans le dos, fort contraste Orientation de l’écran, stores, éclairage adapté
Vue et correction Lunettes non adaptées à la distance de l’écran Contrôle de la vue, correction adaptée au poste
Organisation du travail Longues séquences sans pause, tâches continues Pauses, alternance des tâches et des postures

Les réglages recommandés par l’INRS

L’INRS publie sur son site et dans sa brochure ED 6538 des repères concrets pour le poste informatique. La page consacrée à la prévention du travail sur écran les rassemble ; les voici sous forme de tableau.

Réglage Repère INRS Remarque
Distance œil-écran 50 à 70 cm, soit environ la longueur du bras Plus grande pour un grand écran ou plusieurs écrans
Hauteur de l’écran Haut de l’écran au niveau des yeux ou légèrement en dessous Un peu plus bas avec des verres progressifs
Angle des coudes Entre 90 et 135°, bras proches du tronc Avant-bras et mains reposent sur le plan de travail
Éclairage, écran à fond clair 300 à 500 lux Éviter reflets et éblouissement
Éclairage, écran à fond sombre 200 à 300 lux Valeur plus basse que pour le fond clair
Pauses Idéalement toutes les 30 minutes Pauses actives : physiques, visuelles, mentales

Ces valeurs sont des repères, pas des seuils universels : le poste doit s’ajuster à la personne, à sa taille, à sa vue et à la tâche. L’INRS le dit aussi pour l’assise : il n’existe pas de posture idéale, mais une posture de moindre inconfort, avec les pieds à plat, les cuisses à peu près horizontales et le bas du dossier qui soutient la courbure naturelle du dos. Pour aller plus loin sur l’ensemble du poste, le pilier consacré à l’ergonomie du poste de travail détaille siège, clavier et organisation.

Poste de travail informatique vu de côté : écran à longueur de bras, haut de l'écran à hauteur des yeux, clavier et souris sur le bureau
Un écran à une longueur de bras environ, dont le haut se situe au niveau des yeux ou légèrement en dessous, limite l'effort de mise au point et de nuque.

La lumière : reflets et éblouissement

Un écran bien réglé peut rester inconfortable si la lumière de la pièce est mal maîtrisée. Deux problèmes reviennent : l’éblouissement, quand une source lumineuse vive est dans le champ de vision, et le reflet, quand une surface brillante renvoie la lumière vers l’écran.

Quelques règles de bon sens suffisent la plupart du temps :

  • placer l’écran perpendiculairement aux fenêtres, ni face à elles ni dans le dos ;
  • équiper les fenêtres de stores ou de rideaux réglables ;
  • choisir un écran mat et éviter les surfaces brillantes autour du poste ;
  • orienter ou protéger les luminaires qui se reflètent sur l’écran ;
  • adapter la luminosité de l’écran à celle de la pièce, plutôt que de la laisser au maximum ou au minimum toute la journée.

L’INRS recommande un écran mat et d’éviter les reflets, et rappelle qu’il faut évaluer les risques avant de décider des mesures. Pour les écrans à fond clair, il situe l’éclairage entre 300 et 500 lux ; pour les fonds sombres, entre 200 et 300 lux. Un luxmètre permet de vérifier ces valeurs sans les estimer à l’œil, et le service de prévention et de santé au travail (SPST) peut aider à les mesurer.

Les pauses : le levier le plus simple

Rester immobile les yeux fixés sur un écran fatigue autant les yeux que le dos. L’INRS recommande des pauses actives idéalement toutes les 30 minutes : elles peuvent être physiques (se lever, marcher, étirer les épaules), visuelles (quitter l’écran des yeux et regarder au loin, même quelques secondes) et mentales (changer de tâche). L’INRS précise aussi qu’il faut rompre la posture assise, et qu’il est préférable de limiter la durée sédentaire quotidienne, avec un repère de moins de 5 heures par jour dans l’idéal.

Santé publique France invite pour sa part à ne pas rester plus de 2 heures consécutives assis. Ces repères convergent : ce qui compte est de bouger et de varier, plus que de suivre un chronomètre rigide. Des idées de pauses actives et d’étirements sont proposées dans un article dédié.

Pour que la pause s’installe, trois conditions facilitent les choses :

  1. un rappel discret, par exemple un minuteur ou une habitude liée à un événement du poste (envoi d’un courriel, fin d’une réunion) ;
  2. un lieu où l’on peut s’éloigner de l’écran, même quelques mètres ;
  3. la reconnaissance, par l’encadrement, que ces interruptions font partie du travail et ne sont pas du temps perdu.

Le Code du travail contient, au titre du travail sur équipement à écran, des dispositions qui prévoient l’interruption périodique de l’activité par des pauses ou des changements d’activité, sans fixer de durée universelle. Les articles R4542-1 et suivants sont cités à ce sujet dans une fiche des services de l’État chargés du travail ; c’est donc l’évaluation des risques de l’entreprise qui précise ce qui convient à chaque poste.

La correction optique et l’état de la vue

Une paire de lunettes réglée pour lire un livre à 35 cm ne convient pas forcément à un écran à 60 cm. Les verres progressifs, par exemple, imposent de lever le menton pour retrouver la zone de vision intermédiaire si l’écran est trop haut ; c’est pourquoi l’INRS préconise de placer l’écran plus bas dans ce cas. Une correction trop ancienne, ou mal adaptée à la distance de travail, peut aussi pousser à se rapprocher de l’écran et à se pencher.

Une consultation avec un ophtalmologue ou un opticien permet de dire quelle correction convient à la distance réelle de l’écran. Le médecin du travail peut aussi conseiller le salarié et l’employeur sur le sujet lors d’une visite. Le déroulement des visites médicales est présenté dans un article distinct.

Quand le télétravail change la donne

À domicile, le poste est souvent improvisé : ordinateur portable sur une table de cuisine, écran trop bas, lumière de la pièce non maîtrisée. La fatigue visuelle et la fatigue de la nuque en sont des conséquences fréquentes. Un support pour surélever l’ordinateur portable, un clavier et une souris séparés, un emplacement du bureau perpendiculaire à la fenêtre ont plus d’effet qu’un nouvel écran. Le guide sur l’installation d’un poste ergonomique en télétravail explique comment procéder pièce par pièce.

Rappelons qu’un accident survenu sur le lieu du télétravail pendant l’exercice de l’activité professionnelle est présumé accident du travail, selon l’article L1222-9 du Code du travail. Le télétravail est mis en place par accord collectif ou, à défaut, par une charte de l’employeur après avis du comité social et économique (CSE).

Salarié en télétravail à son bureau à domicile, ordinateur portable surélevé sur un support, clavier séparé et fenêtre sur le côté
À domicile, surélever l'ordinateur portable et séparer le clavier rapproche le poste des repères de l'INRS.

Ce que doit faire l’employeur

Le Code du travail demande à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé des travailleurs, ce qui comprend l’évaluation des risques et l’adaptation du travail à la personne. Parmi les principes généraux de prévention figurent d’éviter les risques, d’évaluer ceux qui ne peuvent l’être, de les combattre à la source et d’adapter le travail à la personne, en particulier pour la conception des postes, le choix des équipements et des méthodes de travail.

Pour le travail sur écran, cela se traduit en actions concrètes :

  • Évaluer : inscrire le risque lié aux écrans dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), avec les postes concernés. Dans les entreprises d’au moins 11 salariés, le DUERP est mis à jour au moins chaque année ; plus petit, la mise à jour s’impose en cas de changement important ou d’information nouvelle sur un risque ;
  • Aménager : écrans réglables, supports, stores, éclairage adapté, sièges ajustables ;
  • Organiser : prévoir des plages de travail alternées, éviter les journées entières d’écran sans variation, permettre les pauses ;
  • Écouter : recueillir les plaintes visuelles et posturales, qui sont de bons indicateurs de problèmes de poste ;
  • S’appuyer sur le SPST : médecin du travail, infirmier en santé au travail ou ergonome peuvent analyser une situation précise. Le guide du DUERP rappelle la méthode.

Ce qu’il faut retenir

La fatigue visuelle sur écran n’a rien d’inévitable. Elle se réduit par des gestes simples, en agissant à la fois sur le poste, la lumière, la correction et l’organisation du travail.

  • Placer l’écran à 50 à 70 cm, le haut au niveau des yeux ou légèrement en dessous, en évitant fenêtres de face et reflets.
  • Viser 300 à 500 lux pour un écran à fond clair, 200 à 300 lux pour un fond sombre.
  • Faire une pause active idéalement toutes les 30 minutes, avec un regard porté au loin.
  • Faire contrôler sa vue et signaler tout symptôme persistant.
  • Pour les employeurs, évaluer le risque, l’inscrire au DUERP et consulter le SPST.

Le lexique définit les termes utilisés ici.

Pour compléter ce guide, la synthèse de l’INRS sur le travail sur écran reprend les points essentiels.

Questions fréquentes

À quelle distance faut-il placer son écran ?

L'INRS indique généralement une distance comprise entre 50 et 70 cm, soit environ la longueur d'un bras. Elle s'adapte à la taille et à la résolution de l'écran, et elle est plus grande pour un grand écran ou plusieurs écrans.

Où placer le haut de l'écran ?

Le haut de l'écran se situe au niveau des yeux ou légèrement en dessous, un peu plus bas pour les personnes qui portent des verres progressifs. L'objectif est de garder la nuque détendue, sans lever ni baisser exagérément le regard.

Quel éclairage faut-il pour travailler sur écran ?

L'INRS donne comme repère 300 à 500 lux pour les écrans à fond clair et 200 à 300 lux pour les écrans à fond sombre. Il faut surtout supprimer les reflets et éviter une source lumineuse en face ou dans le dos de l'écran.

À quelle fréquence faut-il faire une pause ?

L'INRS recommande des pauses actives idéalement toutes les 30 minutes, physiques, visuelles et mentales. Quitter l'écran des yeux pour regarder au loin, même brièvement, fait partie de la pause.

Les lunettes ou les lentilles sont-elles adaptées au travail sur écran ?

Une correction prévue pour la vision de loin ou de près peut ne pas convenir à la distance de l'écran. Un contrôle de la vue et un échange avec l'ophtalmologue, l'opticien ou le médecin du travail permettent d'adapter l'équipement à la situation réelle de travail.

Des symptômes visuels persistants doivent-ils inquiéter ?

Des douleurs, une vision floue durable ou des maux de tête fréquents nécessitent un avis médical, d'abord auprès du médecin traitant ou d'un ophtalmologue. L'aménagement du poste peut soulager, mais il ne remplace pas un examen.

Sources

  1. INRS — Travail sur écran : prévention des risques
  2. INRS — Travail sur écran : ce qu'il faut retenir
  3. INRS — Brochure ED 6538, travail sur écran
  4. INRS — Postures sédentaires : prévention des risques